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	<title>Oh, to blog in London !</title>
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		<title>Les Paradis fiscaux en 7 vers illustres</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Jun 2011 17:09:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les bibliophiles avertis et les dissidents de l’ordre néo-libéral disposent désormais d’un nouvel ouvrage de référence à placer sur leurs rayons entre les écrits de Naomi Klein et de Paul Jorion. Il s’agit du dernier livre de Nicholas Shaxson, Treasure &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2011/06/12/les-paradis-fiscaux-en-7-vers-illustres/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=330&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Les bibliophiles avertis et les dissidents de l’ordre néo-libéral disposent désormais d’un nouvel ouvrage de référence à placer sur leurs rayons entre les écrits de Naomi Klein et de <a title="Blog Paul Jorion" href="http://www.pauljorion.com/blog/" target="_blank">Paul Jorion</a>. Il s’agit du dernier livre de Nicholas Shaxson, <a title="Blog Treasure Islands" href="http://treasureislands.org/" target="_blank"><em>Treasure Islands</em></a> (« Les îles au trésor »), paru en début d’année en Angleterre et qui, comme l’indique aimablement son sous-titre, permet de tout comprendre ou presque sur « les paradis fiscaux et les hommes qui volent le monde ».</p>
<p style="text-align:justify;">On ne s’étonnera pas que son auteur soit britannique. Tout comme jadis les Espagnols – Bartolomé de Las Casas en tête – ont été les premiers à dénoncer les horreurs de la colonisation, il fallait bien que ce soit un sujet de Sa Gracieuse Majesté qui nous guide dans les arcanes de ce monde occulte et nous apprenne que le plus grand paradis fiscal de la planète n’est pas une petite île avec palmiers de la mer des Caraïbes mais un pays au climat nettement moins agréable (sauf pour les affaires) situé à deux heures de train de Paris : le Royaume-Uni.</p>
<p style="text-align:justify;">L’intérêt de l’ouvrage est multiple : il retrace l’histoire des paradis fiscaux, en dresse une typologie, décrit leur fonctionnement et en explicite la dimension politique et idéologique. Il permet au néophyte de modifier complètement sa perception du phénomène : les paradis fiscaux ne sont pas des parasites qui viennent se greffer sur le corps sain de la mondialisation, mais des rouages essentiels du système économique international. Ils s’inscrivent dans le cadre de la dérégulation financière et participent au projet néo-libéral de refonte des Etats. Loin d’être des territoires isolés fonctionnant en autarcie, ils interagissent entre eux, se concurrencent, se spécialisent et opèrent à l’intérieur de réseaux structurés et hiérarchisés sous la houlette discrète de Londres et de New York. En fournissant les infrastructures indispensables à la circulation du capital, en favorisant le dumping fiscal et juridique, ils entravent la croissance économique des pays en développement et appauvrissent l’Etat-providence. <em>In fine</em>, leur opacité, leur législation permissive et leur interconnexion avec les grands centres financiers de la planète contribuent à la diffusion du risque systémique.<strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Il est bien sûr difficile de résumer en quelques lignes un ouvrage aussi riche en analyses, en enquêtes, en témoignages, en données, etc. Examinons cependant quelques points saillants – illustrés par nos soins de superbes vers empruntés au patrimoine poétique français.<span id="more-330"></span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>1. « Fuir ! là-bas fuir ! » </strong>(S. Mallarmé, <em>Brise marine</em>)</p>
<p style="text-align:justify;">Shaxson donne une définition extensive du paradis fiscal (terme auquel on peut préférer celui de « centre financier off-shore », plus générique et plus descriptif) : « Lieu qui se propose d’attirer des activités économiques en offrant à des particuliers ou à des entités un cadre politiquement stable qui permette de contourner les règles, les lois et les réglementations édictées dans les autres pays<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>. »</p>
<p style="text-align:justify;"> Cette définition met en évidence trois éléments fondamentaux. En premier lieu, le paradis fiscal n’existe pas pour lui-même mais dans sa relation avec un <em>ailleurs</em> dont il est le <em>refuge</em>. Le terme anglais dit sans doute mieux que le français ce rapport quasi dialectique entre le paradis fiscal et son « extériorité » : <em>tax haven </em>(« refuge fiscal », « havre fiscal »). Cela signifie deux choses : d’une part, le paradis fiscal élabore un droit destiné expressément aux étrangers (particuliers et sociétés) et dont souvent ses propres nationaux ne peuvent pas bénéficier ; d’autre part, ce droit est conçu spécialement pour permettre à ces personnes et ces sociétés étrangères d’échapper à la loi de leur propre pays – en leur offrant, en quelque sorte, les bénéfices de l’extraterritorialité.</p>
<p style="text-align:justify;"> Deuxièmement, la fiscalité n’est qu’une des dimensions du paradis fiscal. Celui-ci propose en général trois types de services :</p>
<p style="text-align:justify;">1. Un <em>régime fiscal avantageux</em> pour les personnes fortunées et les sociétés (faible imposition ou pas d’imposition du tout), qui leur permet de ne pas payer l’impôt dont elles devraient normalement s’acquitter dans leur pays d’origine.</p>
<p style="text-align:justify;">2. Un <em>cadre réglementaire souple</em> pour les activités économiques et financières. Il s’agit de fournir aux entreprises le moyen d’échapper aux réglementations contraignantes de leur pays d’origine ; par exemple, le paradis fiscal peut imposer aux banques de faibles exigences en matière de publication de comptes ou de ratio de solvabilité, ce qui leur permet de se soustraire aux normes prudentielles et de prendre plus de risques dans leurs opérations de prêt ou d’investissement.</p>
<p style="text-align:justify;">3. Des <em>règles judiciaires moins strictes qu’ailleurs </em>; les autorités en particulier peuvent ne pas coopérer avec la justice des pays étrangers, en refusant par exemple de révéler l’identité des détenteurs de compte.</p>
<p style="text-align:justify;">En bref, le paradis fiscal offre la possibilité de se placer en dehors de la juridiction de ces trois figures emblématiques du pouvoir d’Etat : le percepteur, le régulateur et le juge.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, pour qu’un paradis fiscal soit vraiment attractif, une condition supplémentaire doit être remplie : il faut qu’il offre la <em>stabilité politique</em>, garant de la sécurité à long terme des investissements. Autrement dit, le paradis fiscal doit présenter une bonne image de marque auprès de ses clients. Cette patine de respectabilité peut être conférée par l’histoire : c’est le cas de la Suisse qui, depuis des siècles, offre un havre de stabilité et de prospérité au cœur de l’Europe, et jouit en outre d’un gouvernement fédéral fondé sur le consensus et peu enclin aux expériences révolutionnaires (c’est le moins que l’on puisse dire). Le paradis fiscal peut tirer profit également de sa proximité avec un grand centre financier et des liens de toutes sortes (institutionnels, historiques, économiques, etc.) qui l’attachent à un pays puissant (<em>cf</em>. <em>infra</em> les liens de dépendance entre Jersey, Guernesey, les Caïmans, etc., et le Royaume-Uni).</p>
<p style="text-align:justify;"> Le cas du Delaware est lui aussi caractéristique. Cet Etat américain a adopté au cours des années une vaste législation pro-<em>business</em> (fiscalité avantageuse, droit des sociétés favorable aux directions d’entreprise, etc.) et abrite aujourd’hui le siège social de plus de la moitié des sociétés cotées américaines. Shaxson nous décrit comment sa classe politique s’est mise à la disposition des lobbys d’affaires américains, et comment son statut d’Etat fédéré à l’intérieur des Etats-Unis, sa faible population (900 000 habitants), la forte cohésion sociologique et idéologique de ses élites et le fonctionnement en circuit fermé de ses institutions ont été des éléments déterminant pour assurer son attractivité. Shaxson parle ainsi d’« Etat captif » pour désigner ces Etats dont les autorités font passer des lois spécialement adaptés aux besoins d’intérêts privés extérieurs. C’est dans ces lieux que s’élaborent, hors des processus démocratiques traditionnels et par le simple jeu des réseaux d’influence, un « droit à la demande » au bénéfice exclusif des plus riches et des initiés.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>2. « Eternel et muet ainsi que la matière » </strong>(C. Baudelaire, <em>La Beauté</em>)</p>
<p style="text-align:justify;"> L’absence de transparence, l’opacité, le culte de l’anonymat sont des traits bien connus des paradis fiscaux. Le secret bancaire en est le symbole plus emblématique : cette obligation légale faite aux banques de ne pas divulguer d’informations sur leurs clients, et opposable au juge étranger, assure aux détenteurs de compte la confidentialité de leur identité, de leurs transactions et de l’origine de leurs fonds. Shaxson souligne à cet égard les limites des accords conclus ces dernières années entre les Etats et les paradis fiscaux. Ces accords garantissent certes un échange d’informations entre les banques et le fisc d’un pays étranger, mais uniquement quand ce dernier dispose au préalable d’éléments lui permettant de soupçonner une fraude fiscale. On est encore loin d’un échange d’informations <em>automatique</em> qui permettrait d’identifier immédiatement les fraudeurs.</p>
<p style="text-align:justify;"> Pour l’anecdote, Shaxson tord le cou à cette légende qui voudrait que la Suisse ait inventé le secret bancaire pour protéger les avoirs des juifs de la rapacité des nazis. La réalité est bien moins glorieuse : c’est à la suite d’un vulgaire scandale financier en France que le Suisse a voté en 1934 la première loi criminalisant la violation du secret bancaire ; il s’agissait alors de protéger les banques du pays de la curiosité de la justice française qui enquêtait sur quelque 2 000 personnes (dont des industriels, des sénateurs, des généraux, des évêques, etc.) ayant ouvert des comptes en Suisse. (Par ailleurs, les familles des juifs assassinés par le III<sup>e</sup> Reich auront pendant des décennies le plus grand mal à récupérer les avoirs que leurs parents avaient placés dans les banques helvétiques.)</p>
<p style="text-align:justify;"> Mais le secret bancaire n’est pas le seul moyen disponible pour cacher son identité. Les droits anglais et américain disposent en la matière d’un instrument tout aussi efficace (et bien plus ancien) : le <em>trust</em>. Qu’est-ce qu’un <em>trust</em> (« fiducie » en français) ? C’est l’opération par laquelle un constituant (<em>settlor</em>) transfèrent de manière discrétionnaire et irrévocable des biens à un ou plusieurs fiduciaires (<em>trustees</em>), lesquels tiennent ces biens séparés de leur patrimoine propre et les gèrent au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires. Le <em>trust</em> engendre ainsi un dédoublement de la propriété entre, d’une part, un propriétaire légal (le fiduciaire) qui a pour mission de gérer le bien et, d’autre part, un propriétaire économique (le bénéficiaire) qui détient la richesse du bien et en perçoit le revenu.</p>
<p style="text-align:justify;">Cet instrument remarquable – le <em>trust</em> n’est pas une société (il n’a pas la personnalité morale), il n’est pas un contrat, il n’est pas un titre de propriété – présente toute sortes d’avantages. Il est très flexible (il en existe d’innombrables types – l’imagination des juristes est sans limite !), il n’est pas soumis à l’enregistrement dans un registre public (ce qui rend très difficile l’identification du fiduciaire), et il peut garantir l’anonymat à la fois du constituant et du bénéficiaire (ce qui est bien pratique quand les deux se trouvent être la même personne). Avec ce montage, tracer l’argent et identifier les parties prenantes est une vraie gageure, et l’on comprend du coup qu’il soit très prisé des particuliers qui veulent échapper au fisc ; c’est notamment grâce à un <em>trust</em> que les frères Vestey – fondateurs au début du XX<sup>e</sup> siècle du groupe du même nom et un temps parmi les hommes les plus riches d’Angleterre – n’ont pas payé d’impôts sur le revenu pendant des décennies. C’est aussi un instrument très apprécié des entreprises, en particulier pour gérer la trésorerie de certaines opérations (fusions acquisitions et <em>joint ventures</em>). Au fait, qui parle de réglementer les <em>trusts</em> ?</p>
<p style="text-align:justify;">Au-delà des dispositifs juridiques, cependant, rien ne garantit mieux le secret des affaires que la loi du silence – l’<em>omerta</em>, pour ainsi dire – qui règne en maître dans le petit monde off-shore. Par la description qu’il nous fait de Jersey, des Caïmans, de la City, etc., Shaxson nous dévoile un milieu où l’entre soi dresse d’inébranlables murailles contre l’extérieur. La défense d’intérêts communs, la conscience de classe, l’homogénéité sociale et idéologique constituent les fondements d’un système où l’entregent et les réseaux d’influence jouent un rôle essentiel, au détriment de la transparence et de l’information. De plus, la complexité croissante des acticités financières dilue complètement la connaissance que l’on peut avoir d’une opération dans sa globalité. Les paradis fiscaux ont généré une gigantesque bureaucratie juridique et comptable où s’affairent des milliers d’employés qui n’ont souvent qu’une vision partielle des montages auxquels ils participent. Et ceux peu nombreux qui, aux échelons supérieurs, ont une vue d’ensemble sont peu bavards ; comme le dit l’adage, « ceux qui parlent ne savent pas, et ceux qui savent ne parlent pas ».</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>3. « Votre âme est un paysage choisi »</strong> (P. Verlaine, <em>Clair de lune</em>)</p>
<p style="text-align:justify;">Il est d’usage d’opposer l’« évasion fiscale » (<em>tax evasion</em>), ou « fraude fiscale » – <em>i.e.</em> le détournement illégal d’un régime fiscal – à l’« optimisation fiscale » (<em>tax avoidance</em>) – <em>i.e. </em>l’utilisation légale de dispositions permettant une diminution de l’impôt. Shaxson nous rappelle cependant quelques vérités essentielles.</p>
<p style="text-align:justify;"> D’abord, entre les deux, il existe une zone grise, indéterminée, et c’est dans cette vaste zone que se déploie toute l’ingéniosité des comptables et des conseillers fiscaux. En cas de litige, il faut souvent de longues procédures judicaires avant de décider de quel côté de la légalité se trouve un montage financier complexe. L’ancien chancelier de l’Echiquier Denis Healey avait coutume de dire : « La différence entre l’évasion fiscale et l’optimisation fiscale, c’est l’épaisseur d’un mur de prison. »</p>
<p style="text-align:justify;">D’autre part, même si l’optimisation fiscale est techniquement légale (dans le meilleur des cas), la plupart du temps elle n’est possible qu’en exploitant les failles de la législation. Autrement dit, l’optimisation fiscale suit la lettre de la loi mais en détourne l’esprit et, en définitive, la volonté du législateur n’est pas respectée. Dans une interview récente, Shaxson propose ainsi le terme de « tromperie fiscale » (<em>tax cheating</em>) pour regrouper sous une même dénomination les deux pratiques, qui recourent pareillement à des artifices pour neutraliser la loi.</p>
<p style="text-align:justify;"> Enfin, qu’il s’agisse d’activités proprement criminelles (trafic d’armes, de drogue, etc.), d’activités illégales (fausse facturation entre entreprises, versement de pots de vin pour l’obtention d’un marché public, fraude fiscale des particuliers, etc.) ou d’activités réputées légales (optimisation de prix de transfert dans les multinationales, cf. <em>infra</em>), toutes ont en commun d’utiliser les mêmes infrastructures pour le transit et le stockage des capitaux. En outre, ces circuits off-shore sont eux-mêmes très fortement imbriqués dans les circuits financiers « conventionnels », aboutissant ainsi à une corruption généralisée du système.</p>
<p style="text-align:justify;"> <strong>4. « Une mystérieuse Arachné, muse chasseresse, guette » </strong> (P. Valéry, <em>L’Araignée</em>)</p>
<p style="text-align:justify;"> Shaxson propose une typologie des paradis fiscaux fondée sur l’histoire et une analyse de leurs connexions. Il distingue trois groupes principaux. Le premier groupe réunit les paradis fiscaux européens (Suisse, Luxembourg, Pays-Bas, Lichtenstein, Monaco, etc.), dont l’histoire et les activités sont ancrées dans celles du continent. Le second groupe est organisé à l’intérieur et autour des Etats-Unis : les Etats-Unis disposent en effet d’une vaste législation de type off-shore, aussi bien au niveau fédéral que local (dans des Etats tels que le Delaware, le Nevada, le Wyoming, etc.), et fonctionnent en relation avec toute une série de petits Etats et territoires éparpillés à travers la planète (îles Vierges américaines, îles Marshall, Panama, Libéria, etc.). Mais c’est au troisième groupe que Shaxson accorde une attention particulière, et qu’il nomme la « toile d’araignée » : c’est le réseau de paradis fiscaux qui s’étend autour de la City de Londres, et où serait placée presque la moitié de tous les actifs bancaires internationaux.</p>
<p style="text-align:justify;"> Ce réseau s’organise en trois cercles concentriques autour de Londres. Le premier cercle est constitué des trois dépendances de la Couronne britannique (Jersey, Guernesey et l’île de Man). Le deuxième réunit certains territoires britanniques outre-mer (îles Caïmans, Bermudes, îles Vierges britanniques, îles Turques-et-Caïques, Gibraltar, etc.). Le troisième est formé d’ex-colonies ou protectorats du Royaume-Uni (Hong-Kong, Dubaï, Irlande, etc.), parfois membres du Commonwealth (Singapour, Vanuatu dans le Pacifique Sud, etc.), qui ont gardé avec leur ancienne métropole des liens économiques et politiques très étroits. Ce vaste réseau couvre l’ensemble de la planète, avec des mailles stratégiquement placées à proximité des grandes zones économiques (Etats-Unis, Amérique du Sud, UE, Chine, pays pétroliers), qui attirent ainsi dans leurs rets une bonne part des capitaux flottants.</p>
<p style="text-align:justify;"> L’avantage de cette configuration, c’est qu’elle procure à Londres une place centrale dans les flux financiers internationaux. Elle offre également aux banquiers de la City une remarquable flexibilité quand il s’agit d’élaborer des montages juridiques qui pourraient être illégaux au regard du droit anglais : ils n’ont qu’à déplacer l’opération douteuse dans l’un des maillons du réseau où la législation est moins contraignante, et ils n’auront plus rien à craindre de la justice. Un adage de la City résume bien cette pratique : « <em>Jersey or jail</em> » (« Jersey ou la prison »). C’est enfin une configuration idéale pour le blanchiment d’argent : les fonds d’origine douteuse entrent dans la toile à l’un des points éloigné du centre, transitent par différentes mailles du réseau et arrivent tout propres à Londres.</p>
<p style="text-align:justify;">La dimension politique du réseau est essentielle pour en comprendre son fonctionnement. Il faut bien garder à l’esprit en particulier que les territoires du premier et du deuxième cercle se trouvent toujours sous la souveraineté du Royaume-Uni. Celui-ci assure leur défense et leur diplomatie, et y nomme un représentant qui participe au gouvernement local (un lieutenant-gouverneur à Jersey, un gouverneur aux Caïmans, etc.). Cette présence britannique, garantie de stabilité et de sécurité, est déterminante pour rassurer les investisseurs étrangers – et, de fait, ce contrôle est effectif : en août 2009 par exemple, le Royaume-Uni n’a pas hésité à imposer un gouvernement direct aux îles Turques-et-Caïques pour mettre fin à de graves affaires de corruption. On comprend du coup la parfaite hypocrisie du gouvernement et de la Banque d’Angleterre quand ceux-ci évoquent l’autonomie politique de ces territoires pour refuser d’intervenir en matière fiscale et financière. Ce <em>« half-in half-out »</em> institutionnel (moitié à l’intérieur, moitié à l’extérieur du Royaume-Uni) autorise en réalité toutes les finasseries et les dérobades ; pour Shaxson, il ne fait guère de doute que si ces possessions de la Couronne devenaient réellement indépendantes, elles seraient beaucoup moins attractives pour les capitaux étrangers.</p>
<p style="text-align:justify;"> Shaxson consacre enfin un chapitre entier à la City of London Corporation, l’autorité chargée d’administrer les trois kilomètres carrés du quartier des affaires de Londres. Cette entité unique au monde, dont l’origine remonte à la conquête normande, est complètement autonome vis-à-vis de la mairie de Londres et du gouvernement central ; elle est dirigée par le lord-maire (à ne pas confondre avec le maire de Londres) et ses membres sont élus par les quelque 9 000 habitants de l’arrondissement et… les sociétés (lesquelles se partagent 24 000 voix) ! Sorte d’ambassadrice des banques de la ville et véritable lobby financier, elle traite directement avec les officiels des pays étrangers et de l’Union européenne ; dotée de moyens considérables et d’un vaste réseau d’influence, elle reste l’un des bastions idéologiques les plus enragés de la dérégulation.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>5. « Viens y cacher l’amour et ta divine faute » </strong>(A. de Vigny, <em>La Maison</em><em> du berger</em>)<strong></strong></p>
<p style="text-align:justify;"> Entre les multinationales et les paradis fiscaux, c’est l’amour fou. Ainsi, en 2009, selon l’ONG Tax Justice Network, 99 des 100 plus grosses entreprises européennes avaient des filiales dans les paradis fiscaux. Pourquoi cette présence massive ? La gestion des « prix de transfert ». De quoi s’agit-il ? C’est une stratégie d’optimisation fiscale portant sur les prix de facturation auxquels les filiales d’une même multinationale s’échangent des biens et services (rappelons que les deux tiers du commerce international se réalise inter-groupes) : elle consiste à faire apparaître les profits dans des lieux à faible imposition (<em>i.e.</em> les paradis fiscaux) et les coûts dans les lieux à forte imposition (<em>i.e.</em> les autres Etats).</p>
<p style="text-align:justify;"> Il s’ensuit que le parcours physique d’une marchandise est complètement déconnecté de son parcours comptable. Soit un régime de bananes au Honduras. Celui-ci est récolté par l’employé local d’une multinationale américaine, expédié par bateau en Grande-Bretagne et vendu aux consommateurs dans un supermarché. Du point de vue fiscal, la question est la suivante : où est taxé le profit ? Théoriquement, une partie devrait l’être au Honduras (lieu de production), une autre au Royaume-Uni (lieu de consommation), et une autre encore aux Etats-Unis (où est enregistrée la société), en fonction de la localisation des différentes activités qui participent aux bénéfices et aux coûts.</p>
<p style="text-align:justify;"> Mais supposons maintenant que la multinationale ait établi son centre d’achat aux îles Caïmans, ses services financiers au Luxembourg, la gestion de la marque en Irlande, sa filiale transports sur l’île de Man, ses services juridiques à Jersey et sa filiale assurances aux Bermudes. Sur le papier, le régime de bananes suit alors un tout autre parcours que celui décrit précédemment : il quitte bien le Honduras mais, avant d’arriver en Grande-Bretagne, il transite par tous ces territoires où chaque filiale facture sa prestation (même si ladite prestation est réalisée physiquement dans des bureaux situés aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne) sur laquelle aucune taxe n’est perçue, puisque la filiale est enregistrée dans un paradis fiscal. En fin de course, c’est une part substantielle du profit total qui échappe à l’imposition des Etats.</p>
<p style="text-align:justify;"> La gestion des prix de transfert revient ainsi à structurer le prix des biens de façon à payer le moins d’impôts possible. En théorie, il est interdit aux filiales d’une multinationale de se facturer des biens et des prestations à des prix inférieurs à ceux pratiqués sur le marché entre deux entreprises indépendantes (principe du « prix de pleine concurrence »). En pratique, non seulement il est parfois difficile de déterminer un prix de marché (notamment quand il s’agit d’actifs immatériels), mais la complexité des montages juridiques et comptables permet souvent de nombreuses manipulations. Nous sommes alors au cœur de la vaste « zone grise » évoquée plus haut, entre l’absolument illégal et le complètement légal, où tout est possible ou presque.</p>
<p style="text-align:justify;"> Les paradis fiscaux aiment à dire qu’ils rendent les marchés plus « efficients » ; jusqu’à présent, toutefois, la manipulation des prix de transfert n’a jamais rendu les bananes moins chères et meilleures ; la seule chose qu’elle a réussi à créée, c’est une formidable bureaucratie juridique et comptable monopolisant des ressources qui seraient bien plus utiles ailleurs. En revanche, l’impact de cette pratique sur les finances publiques des Etats est énorme. En 2007, un tiers des 700 entreprises les plus importantes du Royaume-Uni n’avaient payé aucun impôt sur les sociétés dans leur pays. Shaxson aurait pu prendre l’exemple de la France : en 2009, selon le <a title="Rapport 2010 Conseil des prélèvements obligatoires" href="http://www.ccomptes.fr/fr/CPO/documents/divers/Rapport_de_synthese_Entreprises_et_niches_fiscales_et_sociales_071010.pdf" target="_blank">rapport d’octobre 2010 du Conseil des prélèvements obligatoires</a>, les entreprises du CAC (qui possèdent environ 1 500 filiales dans les paradis fiscaux) étaient en moyenne imposées à hauteur de 8 % de leurs bénéfices (contre 33 % en théorie), grâce notamment à une utilisation abusive des prix de transfert.</p>
<p style="text-align:justify;"> Si toutefois les multinationales payent encore un peu d’impôts dans les pays développés, c’est que les Etats réagissent et mettent en place des défenses. Mais ces défenses sont aussitôt contournées par les multinationales qui élaborent de nouveaux montages juridiques, poussant les Etats à adopter de nouvelles lois, etc., etc. <em>In fine</em>, ce jeu du chat et de la souris – dans lequel les grandes sociétés ont toujours un coup d’avance – aboutit à créer un droit fiscal extraordinairement complexe.</p>
<p style="text-align:justify;"> <strong>6. « On sent qu’il pourrit là de l’histoire inconnue » </strong>(V. Hugo, <em>Eviradnus</em>)</p>
<p style="text-align:justify;"><strong> </strong>L’un des aspects les plus passionnants de l’ouvrage de Shaxson est d’inscrire l’histoire des paradis fiscaux dans le cours de la Grande Histoire du XX<sup>e</sup> siècle. Le livre montre comment l’essor des paradis fiscaux a accompagné le développement de la mondialisation et de la dérégulation financière, elles-mêmes envisagées dans la continuité de la décolonisation. Shaxson décrit en particulier comment la Grande-Bretagne a réussi à survivre à la disparition de son empire colonial en mettant sur pied un système alternatif de captation des capitaux – la « toile d’araignée » décrite <em>supra</em> –, qui à l’heure actuelle fonctionne (entre autres) comme une formidable machine à pomper la richesse des pays en développement.</p>
<p style="text-align:justify;"> L’évènement fondateur de cette politique a été la création à Londres en 1957 du marché des eurodollars (l’<em>Euromarket</em>) ; l’acteur principal en a été la Banque d’Angleterre qui, bien que nationalisée en 1946, n’en restait pas moins ce club de gentlemen chargé de défendre les intérêts de la City et la prééminence de la livre sterling dans le commerce mondial. Or, justement, dès l’après-guerre, la concurrence du dollar et la décolonisation de l’empire britannique menacent la monnaie du pays. Le désastre de Suez en 1956 aggrave la situation et, pour parer à une désaffection pour la livre et continuer à attirer les capitaux, la Banque d’Angleterre augmente ses taux d’intérêt, ce qui provoque une récession. Un bras de fer s’engage entre le gouvernement et la Banque d’Angleterre (sur les taux et les prêts bancaires), qui se conclut par un deal : la Banque d’Angleterre garde la maîtrise des taux, le gouvernement en échange pourra intervenir pour contrôler les prêts des banques britanniques <em>libellés en livre sterling</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"> Que se passe-t-il alors ? La Banque d’Angleterre laisse se constituer à Londres un marché de capitaux <em>libellés en dollars</em> qu’elle choisit expressément de ne pas réguler. « Faites ce que vous voulez », dit-elle en substance aux banques qui, affranchies de toute règle prudentielle dans l’attribution de leurs prêts (en dollars), peuvent du coup proposer des rémunérations avantageuses à leurs déposants. Opportunément alimenté à ses débuts par les avoirs russes en dollars que les Soviétiques ne veulent pas placer aux Etats-Unis (guerre froide oblige), ce marché se développe rapidement : les sociétés américaines elles-mêmes y voient bientôt un moyen d’échapper aux réglementations bancaires strictes de leur pays, aidées en cela par les banques britanniques qui ouvrent des filiales aux Bahamas ou aux Caïmans. Au fil des années, puis des décennies, ce marché de dollars off-shore (<em>i.e.</em> circulant en dehors du territoire américain), extrêmement profitable, s’étend à d’autres lieux de la planète et devient le premier pourvoyeur de capitaux du commerce mondial. En 1997, presque 90 % de tous les prêts internationaux étaient réalisés via l’<em>Euromarket</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"> En définitive, les élites de la City ont pu préserver le rôle de Londres comme place financière prédominante en changeant simplement de cheval – en troquant la livre contre le dollar. Alors même que le monde était encore régi par les accords de Bretton Woods (contrôle des capitaux, parité fixe entre les monnaies, etc.), elles ont réussi à mettre en place un ordre bancaire et monétaire échappant au contrôle des Etats. L’<em>Euromarket</em> apparaît ainsi comme la matrice intellectuelle et fonctionnelle de la mondialisation dérégulée telle qu’elle a triomphé dans les années 1980 : sa création a été un « big-bang » bien plus grand encore que celui de 1986 (<em>i.e.</em> la libéralisation des marchés financiers britanniques par Margaret Thatcher). Les Etats-Unis auront résisté quelque temps à ce bouleversement. Même si les entreprises américaines ont cédé très tôt cédé aux sirènes de l’off-shore, les autorités auront cherché à défendre peu ou prou leur politique réglementaire et fiscale. Il faudra attendre la décennie 1980 pour que le pays, confronté à l’impérieuse nécessité de trouver de l’argent frais pour financer ses gigantesques déficits, embrasse résolument la dérégulation et se transforme à son tour en paradis fiscal.</p>
<p style="text-align:justify;"> D’un empire, l’autre : crise de Suez, naissance de l’<em>Euromarket</em>, la concomitance des deux évènements est emblématique et symbolise le passage d’un mode révolu de domination à un autre plus sophistiqué. En constituant au fil du temps un vaste réseau financier autour de la planète, le Royaume-Uni a su trouver un substitut remarquable à la domination coloniale pour assurer son train de vie. Aujourd’hui, bien davantage que les nations riches, ce sont les pays pauvres qui souffrent le plus des paradis fiscaux. Shaxson consacre ainsi un chapitre effroyable à la façon dont l’évasion fiscale entrave la croissance économique des pays en développement. Ces Etats souvent jeunes, en proie parfois à des guerres civiles, n’ont ni les moyens humains ni les ressources juridiques, financières, comptables, etc., pour s’imposer face aux multinationales ou lutter contre la corruption et la fraude fiscale. La manipulation des prix de transfert par les grandes sociétés internationales est particulièrement répandue dans les secteurs de l’énergie (pétrole, gaz) et de l’extraction minière, mais aussi dans l’agroalimentaire : chaque année, ce sont des dizaines, peut-être des centaines de milliards de dollars qui échappent au fisc de ces pays.</p>
<p style="text-align:justify;"> Tous les chiffres en fait donnent le vertige. Une étude a été menée en 2008 par l’Université du Massachusetts-Amherst sur 40 pays africains : sur la période 1970-2004, ces pays auraient perdu, suite à la fuite des capitaux, environ 420 milliards de dollars – 607 milliards en prenant en compte les intérêts perçus, soit presque trois fois le montant de leur dette cumulée sur cette période (227 milliards de dollars) ; de ce point de vue, les pays d’Afrique sont les créanciers nets du reste du monde, et non l’inverse. D’autres études soulignent que l’évasion fiscale des pays en développement est bien supérieure à l’aide publique qui leur est accordée chaque année par les pays riches. Shaxson aurait pu citer aussi les chiffres que donnait récemment <a title="Daniel Lebègue dans Télérama" href="http://television.telerama.fr/television/l-evasion-fiscale-coute-350-milliards-de-dollars-aux-pays-en-voie-de-developpement,69081.php" target="_blank">Daniel Lebègue</a> (dirigeant de la section française de l&#8217;ONG Transparency International) : selon <em>MyPrivateBanking Research Brief</em> (un bulletin confidentiel des financiers de la City), les fortunes privées d’Afrique et du Moyen-Orient s’élèvent à 1 500 milliards de dollars, dont au moins 15 % (225 milliards) obtenus de façon illégale et transférés à l’étranger ; l’essentiel de ces actifs illégaux (40 %) est situé à la City de Londres et dans ses dépendances (Jersey, Guernesey) – devant la Suisse (30 %).</p>
<p style="text-align:justify;"> Il y a plus de dix ans, Shaxson s’est intéressé à la façon dont le pétrole du Gabon a alimenté pendant des décennies les caisses noires des partis politiques et des services secrets français. Il n’avait pas saisi à l’époque l’importance des paradis fiscaux dans la circulation de l’argent, et encore moins compris leur signification politique. Comment en aurait-il pu être autrement ? Eva Joly, qui a enquêté sur l’affaire Elf, le disait elle-même : « J’ai mis longtemps à comprendre que le recours grandissant à ces juridictions [les paradis fiscaux] avait un lien avec la décolonisation. C’est une forme moderne de colonialisme. »</p>
<p style="text-align:justify;"> <strong>7. « Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs »</strong> (G. Apollinaire, <em>Zone</em>)</p>
<p style="text-align:justify;"> Shaxson nous découvre dans son livre un monde qui a fait sécession de la morale commune. Dans ce monde, on considère que l’impôt est une atteinte à la propriété et à la liberté, et non une juste rétribution pour tout ce que la société vous a permis de réaliser. Il est donc naturel de ne pas payer d’impôt si vous êtes assez malin pour échapper au fisc. C’est même un titre de gloire, censé vous procurer le respect de vos pairs. C’est conforme aussi à la nature de l’homme : l’individu cherche toujours à maximiser son intérêt personnel, dit-on, pourquoi donc le contrarier dans la réalisation de son être, etc., etc. ?</p>
<p style="text-align:justify;"> Ce monde où règne un individualisme crasse semble avoir en fait éliminé l’idée même d’intérêt commun. Il incarne au plus haut point l’antagonisme entre intérêts privés et règles collectives. Son mode de fonctionnement est doublement anti-démocratique : il s’agit à chaque fois de contourner une loi votée <em>quelque part</em> en influant <em>ailleurs</em> sur les faiseurs de loi ; à l’abri des regards et de la curiosité publique, quelques hommes que réunissent leur position, leur entregent et leur fortune discutent tranquillement de défaire ce que la représentation nationale d’un pays souverain a décidé. Leur exaltation de la « liberté » n’est que pure rhétorique : aussi bien à Jersey qu’aux Caïmans ou à la City of London Corporation, on ne tolère pas la critique, et encore moins la dissidence. Les opposants, les francs-tireurs, les sceptiques – il y en a quand même ! – sont intimidés et ostracisés. Ce monde a en outre complètement perverti le langage et forgé sa propre novlangue : il n’y a plus un seul centre off-shore qui ne se présente pas aujourd’hui comme une « juridiction bien réglementée, coopérative et transparente ».</p>
<p style="text-align:justify;"> En définitive, les paradis fiscaux s’inscrivent parfaitement dans le projet néolibéral de liquidation de l’Etat-providence. La pression fiscale qu’ils exercent au nom du saint principe de concurrence permet un nivellement par le bas des politiques fiscales des gouvernements (<em>« a race to the bottom »</em> : une course à l’abîme…). Face au siphonage de ses ressources, l’Etat est conduit à mener une double politique : d’une part, réduire ses dépenses, et donc tailler dans les services publics ; d’autre part, trouver de nouvelles sources de financement, et donc taxer davantage ceux qui ne peuvent pas échapper à l’impôt (par exemple, en augmentant la TVA). L’antique maxime de justice fiscale « à chacun selon ses facultés » (en vertu de laquelle chaque personne contribue à l’impôt en fonction de ses revenus) a été mise au rebut au profit de considérations beaucoup plus pragmatiques : aujourd’hui, celui qui paye l’impôt, c’est celui qui n’a pas les moyens d’embaucher un fiscaliste ou d’ouvrir un compte à Zurich. Cela vaut autant pour les particuliers que pour les entreprises : les PME, en proportion de leurs bénéfices, payent plus d’impôts que les multinationales. L’opposition entre riches et pauvres recouvre désormais une opposition entre <em>mobiles</em> et <em>immobiles</em>. La <em>mobilité</em> dont il s’agit ici n’est pas celle évidemment qui depuis trente ans sert à légitimer la précarisation des salariés : c’est la faculté bien réelle de pouvoir changer de pays à tout moment pour profiter d’un statut fiscal taillé sur mesure (<em>cf</em>. le statut de « résident non domicilié » au Royaume-Uni, qui permet aux étrangers fortunés de ne pas payer d’impôts dans le pays). Les inégalités explosent, et ce sont <em>in fine</em> les personnes ordinaires qui, par leurs impôts, financent les privilèges fiscaux des plus riches. Comme disait la millionnaire new-yorkaise Leona Hemsley : « Les impôts, c’est pour les petites gens » (<em>« Taxes are for the little people »</em>).</p>
<p style="text-align:justify;"> Shaxson conclut son ouvrage par une série de propositions destinées à lutter contre les paradis fiscaux et invite les gouvernements et les opinions publiques à ouvrir un grand débat sur le sujet. Son mot d’ordre : les citoyens doivent se réapproprier la question fiscale et les Etats prendre leurs responsabilités. L’auteur reconnaît toutefois que cela suppose un véritable changement culturel, une révolution des mentalités à rebours donc de la pensée dominante et des euphémismes de toutes sortes qui prolifèrent dans le discours politique et médiatique. Eh oui, le combat est aussi linguistique ! Il est vrai que les occasions d’en découdre ne manquent pas. On a beaucoup parlé récemment des « dérives de l’<em>assistanat</em> ». On ne peut être que d’accord : il est grand temps de mettre fin à l’assistanat de la classe dominante par les « petites gens », et de fermer ces paradis artificiels qui sont l’enfer des autres !</p>
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<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> <em>“A place that seeks to attract business by offering politically stable facilities to help people or entities get around the rules, laws and regulations of jurisdictions elsewhere.”</em></p>
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		<title>La Grande-Bretagne à l&#8217;encan ?</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Mar 2011 08:33:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[Neoliberalism]]></category>
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		<description><![CDATA[Quand on n’a plus d’argent pour payer ses dettes, on vent les bijoux de famille, n’est-ce pas ? Pourquoi alors l’Etat britannique ne ferait-il pas ce que les particuliers font d’eux-mêmes quand ils sont endettés ? C’est cette idée simple que, le &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2011/03/15/la-grande-bretagne-a-lencan/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=312&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Quand on n’a plus d’argent pour payer ses dettes, on vent les bijoux de famille, n’est-ce pas ? Pourquoi alors l’Etat britannique ne ferait-il pas ce que les particuliers font d’eux-mêmes quand ils sont endettés ? C’est cette idée simple que, le lundi 7 mars, la chaîne publique Channel 4 a voulu expérimenter avec ses téléspectateurs, dans le cadre de l’émission Dispatches : <em>« Selling off Britain » </em>(littéralement : « vendre/liquider la Grande-Bretagne »).<span id="more-312"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Rappelons le contexte : au mois de février dernier, le gouvernement Cameron a été contraint de renoncer à son projet de vendre au moins la moitié des 258 000 hectares de forêts du pays. Un projet mal ficelé (il est apparu que l’opération ne serait pas rentable pour le Trésor, rien de garantissait l’accès du public aux forêts privatisées, etc.), une mobilisation citoyenne massive (une pétition de plus de 500 000 signatures, des manifestations ponctuelles) et une opinion largement hostile à la vente du domaine forestier (84 % selon un sondage) ont eu raison de cette « folie » (selon le mot d’Ed Miliband, le leader travailliste).</p>
<p style="text-align:justify;">L’idée pourtant est dans l’air du temps – l’idée que, pour rétablir les comptes publics, le gouvernement pourrait vendre le patrimoine appartenant à l’Etat et aux collectivités locales. D’où le programme <em>« Selling off Britain »</em> de Channel 4 : puisque les actifs publics sont estimés à 337 milliards de livres (de Buckingham Palace à Stonehenge en passant par les usines d’uranium), pourquoi ne pas en céder une partie pour diminuer la dette publique qui s’élève à 867 milliards ? Cela permettrait de réduire les intérêts de cette dette et, par là même, le déficit budgétaire (un peu comme « réduire le montant de son emprunt immobilier permet de réduire son découvert », comme le précisait avant l’émission le présentateur Krishnan Guru-Murthy sur son blog). De nouvelles dépenses, plus propices à la croissance, pourraient alors être engagées…</p>
<p style="text-align:justify;">L’émission se voulait à la fois ludique, pédagogique et démocratique. Le dispositif était le suivant : les personnes présentes sur le plateau étaient invitées à se prononcer successivement sur la vente de quatre lots de biens publics ; après un petit reportage sur le lot en question, un bref débat avait lieu entre partisans et adversaires de l’opération, puis on passait au vote. Le premier lot regroupait les biens immobiliers de l’Etat (à titre d’exemple : des logements de fonction pour juges et le palais Saint James de Londres) ; le deuxième, les autoroutes du pays ; le troisième, les biens sans affectation des municipalités (exemple : Birmingham) ; le quatrième, les « forces armées ». Chaque lot était évalué financièrement (en centaines de millions ou en dizaines de milliards de livres), ce qui devait correspondre à une réduction d’autant de la dette publique.</p>
<p style="text-align:justify;">Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat a été sans équivoque : à chaque fois, le plateau a voté <em>contre</em> les ventes, à une large majorité (de 58 % à 83 % selon les lots). Le présentateur a même eu l’air un peu étonné d’un rejet si net. Quand à la fin de l’émission est venu le moment des comptes, il a bien fallu se rendre à l’évidence : le Britannique ordinaire, dans sa grande sagesse, avait réduit la dette du pays de 0 £.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelle signification toutefois donner à ce résultat ? D’une certaine manière, il ne nous apprend rien, il est conforme à ce que l’on sait déjà et que confirme la plupart des enquêtes d’opinion : comme l’a montré l’affaire des forêts, le pays dans sa grande majorité est opposé à la privatisation des biens publics, tout comme il est opposé – sur un autre plan – à la privatisation des services publics tel le NHS (le service de santé). En revanche, l’émission elle-même nous en apprend beaucoup sur les mécanismes de la domination idéologique : aussi bien dans son concept que dans son déroulement, elle présente un exemple archétypique de la façon dans la pensée néolibérale imprègne la société britannique.</p>
<p style="text-align:justify;">D’abord, l’émission invite le téléspectateur à se représenter le problème de la dette et du déficit sous un angle particulier – sous l’angle précisément de la solution qui lui est proposée : la vente des biens publics, la privatisation (éventuellement <em>totale</em>) du pays. A défaut d’être souhaitable, cette privatisation est donc envisagée d’emblée comme possible, en tout cas comme étant une mesure digne d’être examinée et discutée. Cet « effet de présupposition » permet ainsi de circonscrire le cadre théorique dans lequel le débat politique et économique doit avoir lieu. A contrario, on imagine mal Channel 4 organiser une émission où les personnes présentes sur le plateau devraient décider de nationaliser tel ou tel bien privé, d’augmenter tel ou tel impôt, ou de renoncer à rembourser tel ou tel créancier : ces cas de figure, par définition, sont exclus du dogme.</p>
<p style="text-align:justify;">Par ailleurs, le téléspectateur – dont est rappelé sa qualité de « copropriétaire » des biens publics – est convié à entrer dans la peau des gouvernants. Cette mise en situation suggère que le patrimoine d’un Etat se gère comme celui d’un ménage, qu’une dette publique équivaut à un emprunt immobilier, et que le « bon sens » et quelques additions soustractions suffisent pour prendre les bonnes décisions. En fait, cette identification temporaire avec les agents du pouvoir est ce qui permet de construire à terme, si ce n’est une adhésion explicite, du moins une acceptation résignée à la politique gouvernementale. L’émission pousse le téléspectateur à subjectiviser une contrainte posée comme extérieure et irrésistible (la dette, le déficit) et un moyen spécifique d’y répondre (privatiser les biens publics) : même si, dans un premier temps, la solution proposée est rejetée, il est escompté que le Britannique moyen, qui aura partagé quelques instants les affres du décideur devant une situation sans issue, saura se montrer raisonnable quand finalement c’est cette solution-là qui sera retenue – plus raisonnable par exemple que le Grec qui, pareillement sommé de vendre ses aéroports, ses plages voire ses îles, descend dans la rue et proteste.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour que cette « fabrique du consentement » fonctionne au mieux, il faut bien sûr que soient évacués du champ de la réflexion les arguments susceptibles de remettre en cause la manière dont est posé le problème. A cet égard, nous n’avons pas été surpris de la relative pauvreté du débat qui a lieu au cours de l’émission. Les partisans de la vente des biens publics ont mis en avant l’impérieuse nécessité de réduire la dette colossale du pays, la mauvaise utilisation que faisait l’Etat des biens lui appartenant, la supériorité de la gestion privée sur la gestion publique, et les profits et revenus que pourraient générer les privatisations. En face, les opposants ont fait valoir des considérations politiques (le programme des Tories aux dernières élections ne prévoyait pas de telles ventes) ou moralo-sentimentales (les biens publics appartiennent à « la communauté », ils participent de l’identité du pays, etc.). L’opposant le plus énergique a été un économiste de Cambridge, Michael Kitson, qui a rappelé que le meilleur moyen de lutter contre le déficit public était de favoriser la croissance et l’emploi, qu’une gestion privée n’était pas en soi une garantie d’efficacité (car soumise uniquement à l’exigence du profit) et que l’Etat pouvait administrer ses biens d’une façon tout à fait satisfaisante du point de vue économique.</p>
<p style="text-align:justify;">Le plus étonnant, toutefois, c’est que jamais au cours de l’émission n’a pas été rappelé ce fait pourtant fondamental – à savoir que la forte augmentation de la dette publique et du déficit budgétaire était lié directement au sauvetage des banques en 2008 et ne relevait pas d’un défaut inhérent au fonctionnement de l’Etat (à supposer d’ailleurs que la dette et le déficit soient toujours un défaut). Par ailleurs, aucun intervenant n’a soulevé l’une des questions suivantes : <em>qui</em> allait acheter les biens publics, avec <em>quel argent</em>, en empruntant auprès de <em>qui</em>, etc. ? Un contradicteur habile et rigoureux aurait facilement pu démontrer que les bénéficiaires de ces privatisations, si elles avaient lieu, seraient en dernier ressort ceux-là même qui étaient responsable de l’explosion de la dette et du déficit. Mais il aurait fallu alors énoncer quelques vérités désagréables sur la nature de la dette publique, sur l’identité des créanciers, sur la circulation monétaire entre la Banque centrale, les banques privées et les riches particuliers, sur le rôle du pouvoir d’Etat dans l’organisation de ces flux, etc. – et tout cela aurait fatalement débouché sur la dénonciation du fonctionnement oligarchique de la société anglaise. Est-ce vraiment ce que souhaitaient les concepteurs de <em>« Selling off Britain » </em>?</p>
<p style="text-align:justify;">Une émission de ce type, grand public et superficielle, laisse donc forcément perplexe. Elle témoigne surtout du carcan idéologique dans lequel est enfermée la Grande-Bretagne. Un plateau TV censé représenter l’opinion majoritaire se déclare certes contre la privatisation rampante du pays, mais à l’intérieur d’un dispositif médiatique biaisé, au terme d’un débat convenu, et sans que des arguments décisifs contre cette privatisation aient été invoqués. Sans doute le public n’a-t-il pas besoin d’un long discours pour être hostile à ces ventes : il sait d’instinct que, d’une manière ou d’une autre, elles ne lui profiteront pas et permettront avant tout à une poignée de promoteurs et de financiers de s’enrichir à ses dépends. Mais le sentiment et l’instinct populaires gagnent toujours à s’appuyer sur une solide démonstration – cela permet de couper court en particulier à l’argument selon lequel « le peuple ne pense pas ». On remarquera du reste que les partisans de la grande braderie du pays sont restés étrangement impassibles sur le plateau : ils savent bien que, au fond, l’opinion majoritaire – qu’il faut bien laisser s’exprimer, démocratie oblige – pèsera peu face à l’implacable logique du marché. Finalement, tout se passe comme si ni l’un ni l’autre des deux camps n’avait explicité sa pensée. Les formes du débat démocratique ont été préservées, mais celui-ci a été vidé de sa substance : <em>les choses essentielles n’ont pas été dites, les vérités dérangeantes ont été refoulées.</em></p>
<p style="text-align:justify;">Une escarmouche en fin d’émission a permis pourtant de lever un coin du voile. Invitée à commenter le vote du public, Edwina Currie, une ex-députée Tory, a objecté que le plateau n’était pas « représentatif ». Piqué au vif, le présentateur a rappelé la mobilisation contre la vente des forêts et a trouvé curieuse cette tendance des conservateurs à toujours méconnaître les sentiments du public (<em>“misjudge the public mood”</em>). La députée a alors opéré une retraite tactique en faisant un bref plaidoyer, non plus cette fois pour la vente pure et simple des biens de l’Etat, mais pour leur location à long terme. Il est peu dire que cet échange est emblématique du dialogue à trois temps qui, depuis pas mal de temps déjà, structure la relation entre « gouvernants » et « gouvernés » : 1. Le pouvoir en place invoque sa légitimité électorale pour imposer ses choix économiques. 2. Le « pays réel » manifeste son opposition aux mesures prises, <em>via</em> les sondages, les médias, les pétitions, les manifestations, etc. 3. Le pouvoir concède un faux compromis, qui permet de réaliser tout de suite une partie du programme en reportant à plus tard l’exécution du reste.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous avons là toutes les données pour comprendre l’impasse politique que connaît l’Angleterre : la gouvernance néolibérale du pays en est réduite à construire des « représentativités » ad hoc pour justifier une politique économique qu’une majorité de la population réprouve ; les médias dominants donnent un large écho à la colère publique – selon les canons du pluralisme démocratique dont ils se prétendent les garants – mais, dans le même temps, ils s’avèrent incapables de diffuser et d’articuler une critique radicale et cohérente du système ; le citoyen rumine sa frustration, et tire de son impuissance la conclusion que les élections sont une farce n’aboutissant qu’à une concentration accrue du pouvoir et des richesses. Nous sommes au point de rupture du légal et du légitime, mais sans discours alternatif audible. Bref, si le capitalisme anglo-saxon est à l’agonie, la démocratie britannique est également bien malade.</p>
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			<media:title type="html">Emmanuel Quilgars</media:title>
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		<title>Comparing France and the UK: Discourse on Method</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 08:51:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[The Entente Cordiale]]></category>

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		<description><![CDATA[When comparing France and the UK, the biggest mistake is to compare things and not relations between things. For instance, anyone can see that beer is cheaper in England than in France. But what conclusion can be drawn from this &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/08/25/comparing-france-and-the-uk-discourse-on-method/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=298&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">When comparing France and the UK, the biggest mistake is to compare <em>things</em> and not <em>relations between things</em>. For instance, anyone can see that beer is cheaper in England than in France. But what conclusion can be drawn from this statement? “Oh, what a wonderful country this is, where you drink a pint for £3!” Such a comment seems to me a little shallow… It would be more interesting to complete the description, for example, by adding that wine in England is more expensive than in France. It highlights the cultural differences between a brewing country and a wine-growing one. But we could even go further and recall some figures about alcohol consumption: in 1961, 4.5 litres of pure alcohol was consumed per inhabitant in the UK, while 17.7 in France; in 2001, the numbers are respectively 8.5 and 10.7. These <span style="color:#0000ff;"><a title="Alcohol consumption" href="http://www.ireb.com/sites/default/files/focus/Focus%20n6.pdf" target="_blank">data</a> <span style="color:#000000;">show </span></span>that the alcohol drinking practices tend to converge on both sides of the Channel – not only in quantity but also in quality: indeed, British people are steadily drinking less beer and more wine, while in France the share of beer in total alcohol consumption is slowly rising. Conclusion? Despite strong idiosyncratic traditions and some real differences, cultural practices in the two countries have gradually become closer.<span id="more-298"></span></p>
<p style="text-align:justify;">The same comparison method should be implemented as regard politics. Instead of fruitlessly comparing point by point the particularities of each country, it is far more useful to find out and emphasize the <em>functional equivalents</em> between them. For instance, at the diplomatic level, the “special relationship” (in the UK) and the “Franco-German couple” (in France) have a similar function: thanks to a privileged alliance with a more powerful nation (the USA for the UK, Germany for France), both countries try to promote their own interests and defend their influence on the international scene. Another example: the anti-immigration discourse in France has its structural equivalent in the Eurosceptic discourse in the UK; in both cases, a demagogic, scapegoating rhetoric is used by political parties to evade the true issue confronting the country – <em>i.e.</em> the issue of a democratic government yielding its powers to financial markets. Even the opposition between a “monarchy” and a “republic” is more symbolic than significant, because it does not square with a notable difference in social stratification and class structure: according to a <a title="OECD report" href="http://www.oecd.org/dataoecd/2/7/45002641.pdf" target="_blank">recent report of the OECD</a>, the UK has the lowest intergenerational social mobility of OECD countries, followed by Italy, the USA and… France; it seems thus that the French “republican elitism” is almost as efficient as the British “aristocratic ethos” in contributing to the perpetuity of an unequal and hierarchical society.</p>
<p style="text-align:justify;">In conclusion, differences are not present where they are supposed to be. Comparing is a difficult art.</p>
<br />Filed under: <a href='http://bloginlondon.wordpress.com/category/the-entente-cordiale/'>The Entente Cordiale</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bloginlondon.wordpress.com/298/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bloginlondon.wordpress.com/298/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=298&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Emmanuel Quilgars</media:title>
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		<title>Faut-il encore monter dans l&#8217;ascenseur social ?</title>
		<link>http://bloginlondon.wordpress.com/2010/07/29/faut-il-encore-monter-dans-lascenseur-social/</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Jul 2010 06:32:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[French affairs]]></category>
		<category><![CDATA[ascenseur social]]></category>
		<category><![CDATA[égalité des chances]]></category>
		<category><![CDATA[concurrence]]></category>
		<category><![CDATA[Etat-providence]]></category>
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		<category><![CDATA[mobilité sociale]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[quota de boursiers]]></category>
		<category><![CDATA[reproduction sociale]]></category>

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		<description><![CDATA[J’ai toujours aimé Henry Miller. Ce n’était pas le genre d’homme à prendre l’ascenseur social. Dans Virage à 80, un court texte de la fin de sa vie, il écrit ceci : « Ce sont les petites choses qui comptent – pas &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/07/29/faut-il-encore-monter-dans-lascenseur-social/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=288&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">J’ai toujours aimé Henry Miller. Ce n’était pas le genre d’homme à prendre l’ascenseur social. Dans <em>Virage à 80</em>, un court texte de la fin de sa vie, il écrit ceci : « Ce sont les petites choses qui comptent – pas la renommée, ni le succès, ni la fortune. En haut de l’échelle la place est rare, tandis qu’en bas on est des foules à tenir ensemble sans se bousculer et sans personne pour vous emmerder. » Miller était un sage : il avait compris que l’ascension sociale n’est pas un paisible voyage, mais un combat acharné contre soi-même et les autres.<span id="more-288"></span></p>
<p style="text-align:justify;">De nos jours, rares sont les personnes qui renoncent ainsi à leur ticket pour les sommets. Il vaut mieux d’ailleurs ne pas s’en vanter : c’est rarement perçu comme un choix éthique mais au mieux comme un manque pathétique d’ambition, au pire comme un comportement déviant, anti-social, aux limites de la pathologie mentale.</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut dire qu’aujourd’hui, à la différence des générations précédentes, l’aspiration à la réussite prend les apparences d’un véritable sauve-qui-peut. C’est compréhensible, du reste : l’époque est tellement désespérée, l’avenir si sombre, que chacun veut – pour soi-même ou sa progéniture – l’assurance d’une planche de salut. Face à la déliquescence inéluctable de l’Etat-providence, on sait bien que les services de base comme la santé, l’éducation et la retraite vont devenir des luxes et que, dans ces conditions, il vaut mieux prendre les devants. Autrement dit, l’ascenseur social, c’est un peu le canot du Titanic : c’est la seule façon de ne pas sombrer quand le pays fait naufrage. Et évidemment, comme pour le Titanic, il n’y aura pas de place pour tout le monde. <em>Vae victis !</em></p>
<p style="text-align:justify;">Reconnaissons que l’expression « ascenseur social » est une excellente métaphore. Elle donne une image édulcorée de la mobilité sociale, comme si celle-ci n’était qu’une question technique et que toute panne supposée du moteur pouvait être réglée avec trois serrements de boulons comme n’importe quel problème mécanique. Elle suggère de plus un trajet rapide, uniforme et sans heurt, à l’image du parcours paisible que suivra l’heureux impétrant – à l’image aussi des qualités dont il devra faire preuve dans sa carrière : confiance, efficacité, et promptitude dans l’action. Enfin, c’est une métaphore dont le sens figuré se réalise dans le sens propre : on imagine très bien que celui qui aura pris l’ascenseur social aura le droit de monter tous les jours dans une cabine aseptisée pour rejoindre son bureau en haut d’une tour. En comparaison, il est vrai, « escalier social » ferait un peu pue-la-sueur, un peu laborieux. Quant au « téléphérique social » (un engin pourtant censé aller beaucoup plus haut qu’un simple ascenseur), il embarque bien trop de monde pour être attractif : l’ascension sociale, pour être exemplaire, doit être réservée à une minorité.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est d’ailleurs une nécessité structurelle : même si on le voulait, tout le monde ne pourrait pas monter dans l’ascenseur. Les postes de direction, de management, de recherche, etc., sont par définition en nombre limité, tandis qu’il faudra toujours une main-d’œuvre abondante et mal payée pour exécuter les mille et une taches ingrates indispensables au bon fonctionnement du capitalisme. D’autre part, parmi les <em>happy few</em> de l’ascenseur, tous n’arriveront pas au sommet : la plupart descendront aux étages intermédiaires, beaucoup même ne graviront qu’un pallier. Mais ce n’est déjà pas si mal – et, du reste, chacun est prié de nourrir des ambitions raisonnables, en rapport avec ses capacités réelles. Il est inutile de nourrir des rêves de grandeur démesurés : l’ascenseur n’est destiné à vous convoyer qu’à la place que vous méritez, pas plus haut. C’est ce qu’on appelle l’« allocation optimale du capital humain ».</p>
<p style="text-align:justify;">Il ne faudrait pas voir cependant dans l’ascenseur social uniquement un outil de gestion de ressources humaines à l’échelle d’un pays. Il a aussi – voire surtout – une fonction idéologique : car en figurant une circulation, même minimale, d’une classe sociale à l’autre, il accrédite l’idée que l’accès aux fonctions importantes n’est pas seulement une affaire de naissance mais aussi de mérite, et légitime de ce fait la représentation hiérarchique de la société. On comprend du coup pourquoi l’adhésion de l’opinion publique au modèle de l’ascenseur social est si importante pour l’idéologie dominante : d’une part, elle garantit l’adhésion à un modèle de société inégalitaire et, d’autre part, elle individualise les parcours et affaiblit les sentiments d’appartenance de classe et de solidarité collective. En effet, pourquoi s’identifier à un groupe donné, à une catégorie – les ouvriers, les prolétaires, etc. – puisque, de toute façon, on va s’en extirper et être aspiré vers le haut ? Et si ce n’est pas moi, ce sera donc mon fils…</p>
<p style="text-align:justify;">En effet, la mobilité sociale s’envisage surtout comme un processus intergénérationnel. Elle est porteuse d’une promesse : « Le fils ira plus haut que le père. » Ce qui donne, du point de vue du père : « Mon fils ira plus haut que moi. » Cette promesse d’<em>ascension par la descendance</em>, le discours de légitimation de l’ordre établi doit l’entretenir indéfiniment : ce qui importe, c’est que le père maintienne sa confiance dans la société et ses mécanismes de promotion interne, de façon à ce que sa participation à ladite société soit la plus loyale possible (ne serait-ce que pour une raison intéressée : préparer le terrain au fils), alors même que son propre sort peut lui sembler injuste. Le succès escompté du fils sera pour le père à la fois une consolation, une justification et une revanche – même si, compte tenu des contraintes insurmontables de la biologie humaine, il lui faudra parfois se projeter <em>post mortem</em> pour se représenter le fils dans toute sa gloire. De ce point de vue, l’ascenseur social apparaît comme une forme sécularisée de l’espérance eschatologique, à la différence que la rétribution de la vie bonne et l’avènement de la justice (sociale, en l’espèce) ne sont pas remises à un lointain Jugement dernier, mais intégrées dans le prolongement immédiat de l’existence personnelle – à portée de vue, donc –, <em>via</em> sa progéniture.</p>
<p style="text-align:justify;">Au cœur du dispositif, bien sûr, il y a l’école, soumise à une double exigence : d’une part, opérer une sélection parmi les élèves dont elle a la charge, en vue de la grande distribution des postes à l’âge adulte ; d’autre part, faire en sorte que cette sélection soit juste, ou du moins apparaisse comme telle auprès des parties prenantes, notamment les inévitables perdants du processus. Le concept d’« égalité des chances » articule à merveille ces deux objectifs : car en promouvant le principe d’une compétition équitable entre les élèves – une sorte de <em>concurrence libre et non faussée</em> au niveau scolaire –, où chacun est supposé bénéficier de chances égales de réussite, il légitime de ce fait l’inégalité des conditions qui en résulte nécessairement ; les <em>loosers</em> n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes, qu’à leur manque de détermination, de travail ou de talent.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est donc par une mise en concurrence des enfants – dès leur plus jeune âge, pour favoriser l’intériorisation précoce des normes de sélection – que sont triés ceux qui bénéficieront de l’ascenseur social. La méthode peut paraître brutale aux âmes sensibles, mais on nous assure qu’une telle compétition est inévitable (« Par quoi la remplacer ? ») et que, surtout, suffisamment régulée, elle offre aux enfants de pauvres les mêmes opportunités de succès que les enfants de riches. « Ah bon ? – Absolument. » Car l’Etat, dans sa grande sagesse, a prévu des mécanismes pour veiller au bon fonctionnement du libre jeu de la concurrence scolaire. Par exemple, pour limiter le monopole des enfants des milieux favorisés sur le marché des diplômes de grandes écoles, il a récemment fixé sur ce marché un « quota » de 30 % de boursiers.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce faisant, l’on admet certes implicitement que, durant les quatorze années qui ont précédé l’accès à ces prestigieuses institutions (à bac +2), l’école n’a pas été capable de neutraliser les effets de l’origine sociale dans l’acquisition du savoir (ou, du moins, dans l’acquisition d’un savoir conforme aux exigences standardisées des concours). Mais, après tout, n’est-ce pas là faire preuve de réalisme ? Il est temps d’abandonner les vieilles lunes et de renoncer à fixer à l’école des objectifs inatteignables. Il faut se concentrer sur ce qu’elle peut réellement faire : « traiter différemment des gens différents ». D’ailleurs, ne nous méprenons pas : même avec des quotas, le principe concurrentiel dans la sélection des élèves n’est pas abandonné, loin de là ; il est simplement perfectionné, affiné, customisé, ajusté à cette humanité spécifique que sont les catégories populaires.</p>
<p style="text-align:justify;">Il suffit de se référer à ce que disait en octobre 2009 Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur, à propos du recrutement des grandes écoles : « L’ascenseur social est bloqué, justement parce que nous ne savons pas faire évoluer nos concours […]. Si les grandes écoles se penchaient sur le problème de la reproduction sociale qui est la leur, sans doute auraient-elles un travail à faire sur les épreuves de sélection. » Autrement dit : les concours actuels, parce que socialement discriminants, ne sont pas assez concurrentiels ; pour rendre le marché scolaire plus juste, il faut donc pallier cette discrimination qui fausse la compétition entre élèves et définir des critères de sélection qui corrigent les désavantages concurrentiels dont souffrent les enfants des milieux défavorisés. Il se trouve d’ailleurs que la ministre avait déjà son idée sur ce que pourraient être ces nouveaux critères : selon elle, les concours devraient prendre en compte « la personnalité, la valeur, l’intensité du parcours » du candidat.</p>
<p style="text-align:justify;">On peut donc imaginer que, dans un système idéal, les boursiers soient soumis à un double processus d’évaluation : d’une part, ils devront se soumettre aux épreuves traditionnelles de leur discipline, afin de vérifier leur compétences intellectuelles. Mais ils seront également jugés en fonction de critères psychologiques, comportementaux et biographiques, à travers l’examen de leur « personnalité » (et donc de leur plus ou moindre grande conformité aux valeurs et à l’éthos spécifiques des grandes écoles) et de leur « parcours » (étant entendu que, plus le candidat aura eu à franchir d’obstacles, plus sa trajectoire de vie sera notée positivement, conformément aux représentations stéréotypées du « combat pour la vie »). Les boursiers étant loin d’être homogènes dans leurs performances, nul doute que cette double procédure permettra de les hiérarchiser avec une précision toute scientifique, à la fois entre eux et relativement aux autres candidats, entre les différentes grandes écoles et au sein de chacune d’elles, sur le plan académique et sur le plan personnel, au niveau de leurs réalisations et au niveau de leurs potentialités, etc.</p>
<p style="text-align:justify;">En définitive, l’« ouverture sociale » des grandes écoles vise autant à assurer, par des mesures de discrimination positive, la visibilité des enfants des milieux populaires au sein de l’élite, de façon à entretenir l’image d’une société ouverte et mobile, qu’à universaliser le principe de concurrence comme principe organisateur du monde social – principe qui paraîtra d’autant plus légitime qu’il sera appliqué dans la pratique de façon sophistiquée et concernera, via la prolifération des critères de sélection, tous les aspects de la personne. Or, si ce principe de compétition universelle entre les individus est aujourd’hui indispensable à l’idéologie dominante, c’est qu’il soutient, en dernier ressort, le mantra essentiel de l’ordre néolibéral : <em>les riches sont riches parce qu’ils le méritent</em> – et son corollaire : <em>les pauvres sont pauvres parce qu’ils le méritent</em>. Nous sommes supposés nous réjouir que, grâce à la politique d’« égalité des chances » mise en œuvre par l’Etat, ce ne sont pas seulement les fils de riches, mais également des fils de pauvres, qui pourront toucher des gros salaires, des primes, des bonus, des stock-options, etc. Mais qu’en est-il du sort de tous ceux qui n’auront pas pris l’ascenseur social et qui continueront chaque jour à emprunter l’escalier de service ? Un voile pudique est jeté sur ces rebuts, coupables jusqu’à leur mort de n’avoir pas su saisir la chance qui leur aura été offerte d’échapper à leur condition.</p>
<p style="text-align:justify;">L’ordre néolibéral se caractérise non seulement par de fortes inégalités, mais surtout par un accroissement de ces inégalités – par une <em>dynamique inégalitaire</em>. Or le principe concurrentiel permet justement de justifier les inégalités à la fois dans leur principe et dans leur essor. D’une part, les inégalités sont justes en soi, car la distribution des postes entre les individus s’opère selon le principe « égalitaire » de la concurrence libre et non faussée (qu’on appelle « égalité des chances » à l’école), au bénéfice des « bonnes » personnes (les personnes méritantes, travailleuses, etc.), et au détriment des « mauvaises » (celles qui, par leur médiocrité, leur comportement inadapté ou leur mauvaise volonté, se sont en quelque sorte exclues d’elles-mêmes du jeu). D’autre part, l’amplitude et la structure des inégalités ne sont pas non plus arbitraires, car déterminées – indépendamment des individus – par la situation à un moment donné de l’économie et du marché du travail, régis eux aussi par la concurrence : c’est elle en effet qui, dans l’allocation des ressources, privilégie certains secteurs d’activité (ceux offrant la meilleure rentabilité du capital) et, à l’intérieur de chaque secteur, certaines professions (« créatrices de valeur »). Il ne faut pas s’étonner alors si les écarts de revenu ne cessent d’augmenter, entre les différents métiers, entre smicards et PDG, etc. : l’accroissement de ces écarts résulte tout simplement d’une meilleure application du principe de concurrence, d’un perfectionnement continu dans sa mise en œuvre. Autrement dit : <em>la</em> <em>société est de plus en plus inégalitaire parce qu’elle est de plus en plus juste</em>.</p>
<p style="text-align:justify;">Par voie de conséquence, la mobilité sociale elle-même change de signification. Dans le paradigme réformiste d’après-guerre – un ordre inégalitaire mais à dynamique égalitaire –, l’amélioration progressive des conditions de vie, de travail, de revenu, etc., des milieux populaires (par les « conquêtes sociales », la politique de redistribution de l’Etat-providence et le développement des services publics) était censée rendre possible l’homogénéisation culturelle du corps social (« par le haut »), prélude à l’homogénéisation des niveaux scolaires (« par le haut » également). Dans ce contexte, l’ascenseur social que prenait telle ou telle personne à titre individuel préfigurait et symbolisait le mouvement ascendant de toute la classe : c’était à la fois une réussite personnelle pour l’individu concerné (selon le canon de la « méritocratie républicaine »), mais aussi une victoire de la société sur elle-même, capable dans les faits d’enrayer la fatalité des déterminismes sociaux, grâce justement à sa régulation des inégalités réelles. Ainsi, <em>la mobilité sociale justifiait la dynamique égalitaire du système inégalitaire.</em></p>
<p style="text-align:justify;">En régime néolibéral, la financiarisation de l’économie, la remise en cause des « acquis sociaux » et le détricotage des services publics (dont l’école) aboutissent à une dégradation des conditions de vie, de travail, de revenu, etc., des catégories populaires ; il n’est alors évidemment plus question d’une quelconque homogénéisation culturelle de la société, laquelle est vouée au contraire à se fragmenter indéfiniment en territoires, communautés et clientèles antagonistes. Dans ces conditions, la mobilité sociale n’a pas de signification collective particulière, si ce n’est celle de conforter un ordre qui sanctifie la réussite individuelle : elle consacre la victoire de l’individu contre sa classe d’origine, dont il est parvenu par ses mérites propres à conjurer les pesanteurs. Elle est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité sociale et que, « quand on veut, on peut », en dépit des obstacles sur son chemin – ou plutôt grâce à ces obstacles, car ce sont eux en définitive qui permettent au talent de se révéler à lui-même. Et plus s’accroît la distance du « ghetto au gotha », plus sont jugées méritantes les personnes qui parviennent à franchir cette distance : une amélioration continue de l’écrémage social (en qualité, si ce n’est en quantité) suppose donc une augmentation continue des inégalités. <em>La mobilité sociale vient ainsi conforter la dynamique inégalitaire du système inégalitaire.</em></p>
<p style="text-align:justify;">Dans le monde d’aujourd’hui, tout un chacun est prié d’intérioriser le principe de la concurrence généralisée et de faire sien les préceptes du darwinisme social. Il faudrait presque se réjouir d’être soumis tout au long de sa vie à une succession ininterrompue d’épreuves et de contre-épreuves, d’étalonnages et de mesures, de classements et de comparaisons. On notera toutefois que la contrainte de la compétition permanente se fait de moins en moins pressante à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie sociale. Tout en haut, par contraste, le sort des fils de riches apparaît en effet beaucoup plus doux. D’abord, quand on est déjà au sommet de l’échelle, il s’agit moins que s’élever que de se maintenir, ce qui finalement demande moins d’efforts. Mais, surtout, l’on dispose d’emblée des atouts indispensables pour s’imposer sans difficulté dans la compétition sociale, tout en ayant la possibilité de s’y soustraire en cas d’échec. Autrement dit, l’on gagne à tous les coups. L’école, en particulier, n’est pas un couperet terrifiant. D’une part, le capital économique, social, culturel, etc., se convertit tout naturellement en capital scolaire, en vertu des mécanismes bien connus de la reproduction sociale. D’autre part, même si l’on échoue aux grandes écoles et que l’on se retrouve simplement titulaire, par exemple, d’un minable diplôme de droit, les réseaux d’influence et la solidarité de classe vous garantiront malgré tout un accès aux positions rémunératrices : dans le petit monde des nantis, en effet, où chacun se renvoie l’ascenseur, le carnet d’adresses vaut mieux que le carnet de notes. Enfin, dans le pire des cas, l’on peut décider de renoncer aux études pour se consacrer à des activités philanthropiques ; l’on vivra alors de ses rentes, judicieusement placées en actions, bons du Trésor et titres immobiliers – ou investies sur des comptes off-shore en Uruguay ou à Singapour. Dieu merci, la concentration du capital, garantie par une fiscalité idoine (suppression des droits de succession, bouclier fiscal, etc.), reste quand même le meilleur moyen d’assurer l’avenir de sa descendance ! C’est autrement plus sûr que les aléas du parcours scolaire.</p>
<p style="text-align:justify;">On voit pourtant qu’il y aurait là un formidable chantier à ouvrir pour les ingénieurs de la mobilité sociale, qui pourraient s’atteler à réguler la descente de la même façon que la montée. Après tout, si l’ascenseur social est la carotte des classes moyennes et populaires, pourquoi le <em>toboggan social</em> ne serait-il pas le bâton des classes supérieures ? De la sorte, le processus de circulation sociale serait maîtrisé dans sa totalité. Et puisque l’école détermine, par des méthodes proactives, les individus qui s’élèvent, pourquoi pas aussi ceux qui chutent ? On aimerait ainsi que le gouvernement nous présente ses mesures pour nous assurer que les rejetons de bonne famille<em> </em>finissent bien dans la misère s’ils sont nuls en classe. Y a pas de raison ! Pourquoi ne pas se fixer des objectifs ambitieux, du type « 30 % de fils de Polytechniciens chez les Rmistses » ? Une telle n’annonce n’aurait rien de démagogique, pourvu qu’elle soit correctement expliquée à l’opinion : il faudrait la présenter comme le pendant de l’« égalité des chances », une sorte d’« égalité des infortunes », destinée à faire mieux fonctionner le toboggan social. Au concours des grandes écoles, par ailleurs, le critère d’« intensité du parcours » devrait s’appliquer littéralement à tous les candidats. Par exemple, un fils de Polytechnicien ne devrait pas se contenter de réussir le concours de l’X : il devrait être mieux classé que son père. En cas d’échec, ou en cas de réussite à un concours inférieur type Centrale Nantes, le fils indigne serait rétrogradé directement à l’UTC Compiègne – histoire d’accélérer sa déchéance et de laisser sa place à un candidat plus méritant. Sur ce modèle stimulant, toute une panoplie de mesures pourraient être ainsi mises en place pour « traiter différemment des gens différents » : à classe de seigneurs, critères de seigneur, n’est-ce pas ?</p>
<p style="text-align:justify;">Mais cessons de rêver et revenons aux choses sérieuses. Il est temps de finir notre billet et nos conclusions ne sont pas très réjouissantes. Que dire ? La symbolique de l’ascenseur social a été récupérée par le discours néolibéral et s’accorde très bien aux représentations idéologiques du nouvel ordre social. Elle conforte la compétition entre les individus, en particulier à l’école, grâce au concept sous-jacent d’« égalité des chances » (c’est-à-dire la mise en œuvre, dans le cadre scolaire, du principe de la concurrence libre et non faussée). Elle invite à considérer la société comme un agrégat d’individus hétérogènes destinés à être en permanence différenciés, classés, hiérarchisés, etc., en fonction de leurs « mérites » propres – au détriment des représentations en termes de destin collectif ou de solidarité de classe. Elle justifie une prolifération des critères de comparaison, d’évaluation, d’étalonnage, etc., dans la vie sociale – une sorte d’hypertrophie totalitaire de la mensuration –, censée garantir la scientificité de la sélection et s’appliquant à tous les aspects de la personne (sa personnalité, ses valeurs, son passé, etc.). Elle s’avère <em>in fine</em> compatible avec un accroissement des inégalités réelles : si l’ascenseur social fonctionne pour <em>moins</em> de personnes qu’auparavant, c’est qu’il fonctionne <em>mieux</em>, ne convoyant désormais que ceux qui le méritent vraiment et s’étant débarrassé des passagers clandestins qui l’encombraient jadis. Enfin, son mouvement ascendant va jusqu’à symboliser – involontairement – la vérité profonde de la société : une fois atteint le sommet, il n’y a pas de descente possible, car la classe dominante assure sa pérennité dans le temps par d’autres principes et d’autres procédés que ceux organisant la mobilité sociale – c’est-à-dire : en assumant son destin collectif et en faisant jouer la solidarité de classe.</p>
<p style="text-align:justify;">Monter dans l’ascenseur social, ce n’est pas seulement vouloir, pour soi-même ou ses enfants, une vie meilleure : c’est, dans ses rêves de réussite les plus secrets, rejoindre la classe des seigneurs et jouir de leurs privilèges – le premier d’entre eux étant justement celui de ne plus être soumis à l’impératif de l’ascension sociale et de vivre dans un monde de pairs et d’égaux. Dans un monde, en somme, où il n’y a plus à prendre d’ascenseur, où la circulation n’est plus qu’horizontale. Quel beau mouvement dialectique : en fin de compte, l’ascenseur social comprend aussi sa propre négation ! Nous pourrions toutefois ajouter – ultime remarque – qu’appartenir à la classe des seigneurs présente également quelques risques. Surtout aujourd’hui. Vu la manière dont nos « élites » gèrent le pays et les conséquences de la crise financière, il n’est peut-être pas très judicieux de vouloir à tout prix les rejoindre au sommet de l’Etat, de l’Entreprise ou de la  Banque. Il vaut mieux se contenter par prudence d’une position moyenne. Une révolution est vite si arrivée ! L’ambitieux parvenu trop haut pourrait ainsi se retrouver la tête sur le billot sans trop savoir pourquoi. Pour le coup, le seul ascenseur social qu’il aura pris, ç’aura été celui pour l’échafaud.</p>
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		<title>It Was Easier for the French to Win the War than the Peace</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Jun 2010 15:13:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[French affairs]]></category>
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		<category><![CDATA[debate on national identity]]></category>
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		<description><![CDATA[France has never overcome the June 1940 defeat against the Germans. Above all, it was the biggest military debacle in French history. I remember my history teacher in high school trying to find an image vivid enough to make us &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/06/24/it-was-easier-for-the-french-to-win-the-war-than-the-peace/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=281&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">France has never overcome the June 1940 defeat against the Germans. Above all, it was the biggest military debacle in French history. I remember my history teacher in high school trying to find an image vivid enough to make us realise how dreadful this defeat was: “Worse than Agincourt!” he eventually told us, although I very much doubt that “Agincourt” reminded my apathetic schoolfellows of anything. Anyway, it was much worse than a mere military defeat: it was also a political tragedy, which culminated in the Vichy regime being set up. However, this astonishing disaster led to a no less astonishing conclusion: not more than five years later, De Gaulle managed to turn France into a victorious nation and, as if by sleight of hand, succeeded in tossing the defeat, the Vichy government and the collaboration into oblivion. What a magician! Some malicious tongues could point out with good reason that during the whole war De Gaulle spent far less time fighting the Germans than fighting Roosevelt and Churchill to secure his own position, but the result is undisputable: in 1945, France found herself on the side of the victors!<span id="more-281"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Nowadays, however, we wonder if this diplomatic ploy was a good thing and if it would have been better for France to be treated as a defeated nation. At least, a true “de-vichysation” of the country might have been undertaken, on the pattern of the denazification of Germany (even though incomplete), and maybe today more French people would remember Vichy and the role of the French police in deporting Jews. The disgusting “debate on national identity” could have been avoided too, or at least it could have been more dignified. Unfortunately, a national psychoanalysis did not happen. And what about the return of the repressed?</p>
<p style="text-align:justify;">In an essay published in 2007, <em>La  Société</em><em> de défiance</em> (“The Society of mistrust”), two sociologists, Yann Algan and Pierre Cahuc, try to understand why France is the developed country where people, according to numerous international opinion polls, have the least confidence in the State and other social institutions such as courts, unions, political parties, companies, etc. – and even in their own neighbours and colleagues! The two authors specifically show that this particular state of mind is not a timeless characteristic of the French psyche but dates back to the forties. The turning point is significant: it can be inferred that the 1940 defeat, the Vichy regime and the collaboration combined to create a highly traumatic experience for French society, which lost confidence in itself, its institutions and its leadership. Sixty-five years later, this broken trust between citizens and so-called “elites” has not yet been restored.</p>
<p style="text-align:justify;">A revealing incident occurred some days ago in the small town of Parthenay. On the Day of Commemoration of the Victims and Heroes of the Deportation, a history teacher had planned to read a letter from an Auschwitz survivor during the ceremony at the city hall. The mayor however tried to prevent her from doing so, on the pretext that the letter, in which the author (Ida Grinspan) spoke about her arrest by French gendarmes, could “stigmatize the profession as a whole.”</p>
<p style="text-align:justify;">Interesting, isn’t it? But are we really surprised? What would De Gaulle have thought of that? Truth is a struggle too!</p>
<br />Filed under: <a href='http://bloginlondon.wordpress.com/category/french-affairs/'>French affairs</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bloginlondon.wordpress.com/281/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bloginlondon.wordpress.com/281/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=281&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>My Letter of Recommendation for Gordon Brown for the Post of Social Worker</title>
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		<pubDate>Thu, 13 May 2010 13:43:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[Correspondence]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Anglesey]]></category>
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		<description><![CDATA[Dear Head of Council, I have been asked to write a letter of recommendation for Mr Gordon Brown and I am very pleased to do so. Gordon has been employed by UK Limited as Prime Minister from June 27, 2007 &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/05/13/my-letter-of-recommendation-for-gordon-brown-for-a-post-of-social-worker/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=275&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Dear Head of Council,</p>
<p style="text-align:justify;">I have been asked to write a letter of recommendation for Mr Gordon Brown and I am very pleased to do so. Gordon has been employed by UK Limited as Prime Minister from June 27, 2007 to May 11, 2010. His responsibilities included defending the interests of the City, playing down the Iraq War and discrediting New Labour to the last. He achieved this triple target to perfection. Thanks to him, the colossal private debt of the banks was transferred to the public purse, the British Army is now bogged down in Afghanistan without any hope of an honourable ending, and the Tories have just formed their government.<span id="more-275"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Gordon’s qualities are so numerous that I do not know which I should cite first. Indisputably, he is very thick-skinned: he can endure criticism with rare stoicism and to some extent he can only be compared to Saint Sebastian, except that the arrows of opprobrium pierce him without killing him. His spirit of sacrifice is breathtaking: he shoulders alone the disastrous legacy of New Labour, letting his comrade Tony enjoy the prestige of a fake economic boom. Above all, his human qualities in political combat command respect: he has constantly rejected any dishonest dealings to combat his opponents, and it was not his fault if his former closest advisor Damian McBride resorted to calumny to damage the personal reputation of some Conservative MPs. His biggest weakness was to sometimes lend a sympathetic ear to the last crypto-communists of the country, for instance when he childishly decided to raise the top income tax rate from 40% to 50%, which only Kim Jong-il, overseas, could do nowadays; but this foolishness is easily forgivable, in memory of his generous, unselfish devotion to talented bankers and philanthropic markets during the last thirteen years.</p>
<p style="text-align:justify;">Gordon has decided to move since there was no miracle in the polls last week for the prolongation of his working contract at the head of UK Limited. Considering his great deeds, I would not hesitate to recommend him for the post of social worker in Anglesey, Wales. According to OECD’s data, Anglesey is the most deprived area in the whole of the United Kingdom, with a GDP per capita nine times lower than in Inner London. When he got his job in 2007, Gordon stated, “It is time to train British workers for the British jobs that will be available over the coming few years.” Well said! I imagine that, as British PM, Gordon has trained himself enough to deal with the effects of the strong inegalitarian policy he has implemented.</p>
<p style="text-align:justify;">Yours faithfully,</p>
<p style="text-align:justify;">Emmanuel Quilgars</p>
<br />Filed under: <a href='http://bloginlondon.wordpress.com/category/correspondence/'>Correspondence</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bloginlondon.wordpress.com/275/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bloginlondon.wordpress.com/275/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=275&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>D-Day Training for Eton Lads</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 06:56:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
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		<description><![CDATA[In last June, a group of pupils from Eton College had the privilege of staying a full week in a German bunker on a Normandy’s beach, while outside the setting of the Overlord Operation was recreated thanks to fireworks and &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/04/30/d-day-training-for-eton-lads/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=271&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">In last June, a group of pupils from Eton College had the privilege of staying a full week in a German bunker on a Normandy’s beach, while outside the setting of the Overlord Operation was recreated thanks to fireworks and other pyrotechnic devices. This immersion in the traumatic German experience of D-Day – the idea of their history teacher, Mr Montgomery – was intended to give our country’s young elite, besides some basic knowledge of World War II, a vivid, metaphoric representation of the current financial state of the UK, and to make them be aware of the kind of virtues they will be expected to show, as leaders, to tackle the economic recession.<span id="more-271"></span></p>
<p style="text-align:justify;">The bunker, a real gem of Teutonic architecture, is located on the beach of a small seafront resort in Normandy, Saint-Martin-les-Trois-Églises. Despite its name, the village has not the tiniest church or chapel to offer to its visitors, nothing but some ancient stones at the end of a field and a pancake restaurant called <em>La France</em><em> libre</em>. We have to admit that the austere, imposing German construction is the only site of interest for miles around. So, it was there that the flower of British youth spent an entire week in <em>Wehrmacht</em> uniforms, while outside fake bombs exploded, day and night. They had the chance of eating nothing but rotten potatoes and Bavarian sausages every day and, each evening, reading some pages of <em>Mein Kampft</em> while falling asleep in their camp bed.</p>
<p style="text-align:justify;">These young heroes did not disappoint their teacher: they managed to stay in the bunker for seven days, much longer than the Germans, who surrendered within only twenty-four hours. Today Mr Montgomery is very proud of his students’ performance: “If these valiant soldiers had fought in 1944, D-Day would have certainly been a failure. We can also reasonably presume that the defeat of Stalingrad could have been avoided the previous year, and that our troops could have reached Vladivostok in a few months. The face of the post-Yalta world would have been completely different,” the enthusiastic teacher tells us.</p>
<p style="text-align:justify;">The experience in Normandy was fruitful at all levels, including the opportunity to test the reliability of our so-called allies. “Once again, Frenchmen were not very useful,” Mr Montgomery observes. “They did not provide any help and just passively watched us bravely fight the enemy single-handed. Our only contact with the locals was when the village’s restaurateur tried to sell us his bland pancakes and his corked cider at an exorbitant price. I hope my students never forget this potent history lesson.”</p>
<p style="text-align:justify;">Another eloquent lesson anyway has to be learnt: despite the credit crunch and twelve years of Labour’s inept government, young people from our elite schools still manifest strong moral values and an exceptional capacity for resistance. After such a military training, they are ‘psyched up’ to work in the City or at Westminster as well as mentally prepared to face extreme political circumstances. Beyond a shadow of a doubt, they will protect London’s financial status against the EU’s regulatory machine with the utmost vigour.</p>
<p style="text-align:justify;">“A new Blitz is hitting London,” Mr Montgomery recalls. “Brussels and a clique of jealous Eurocrats want to whittle away our incomparable banking system, the soundest in the world. We have to gather our strength and defend our positions. But we also need a new war chief to lead the battle. Well, why not Sir Fred Goodwin? To be honest, the whole row about him was quite exaggerated last year. After all, as CEO of the RBS, he succeeded in leading his company towards the biggest bankruptcy of the UK’s history, involving taxpayers in its rescue and eventually leaving the British State in debt for at least forty years – an exploit that will be recorded in history books. Few can claim to have done what he did for his country. Thanks to him, we will experience blood, tears, toil and sweat for decades. So, who can deny that Sir Fred is our new Churchill?”</p>
<p style="text-align:justify;">Today Mr Montgomery is planning another educational outing for his class: next summer, aboard a shaky boat in the middle of the sea, his fortunate students will re-live the defeat of the Spanish Armada. Again a thrilling training for our future leaders – and new ideas to confront the crisis!</p>
<br />Filed under: <a href='http://bloginlondon.wordpress.com/category/english-fables/'>English fables</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bloginlondon.wordpress.com/271/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bloginlondon.wordpress.com/271/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=271&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Sarko vu de Londres : le nabot de la République ?</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Mar 2010 21:21:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[The Entente Cordiale]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<description><![CDATA[Contrairement à ce que pourraient penser les mauvais esprits, il y a bien eu un « Sarkozy effect » en Angleterre. Ç’a été en avril 2008 : après une visite du couple présidentiel à Londres, les commerçants de la ville ont connu un &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/03/12/sarko-vu-de-londres-le-nabot-de-la-republique/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=257&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Contrairement à ce que pourraient penser les mauvais esprits, il y a bien eu un <em>« Sarkozy effect »</em> en Angleterre. Ç’a été en avril 2008 : après une visite du couple présidentiel à Londres, les commerçants de la ville ont connu un boom des ventes de chaussures à talonnettes. Le <a href="http://www.telegraph.co.uk/fashion/hilaryalexander/3364803/High-heels-for-men.html" target="_blank"><em>Daily Telegraph</em></a>, qui a relaté en son temps ce glorieux phénomène, en avait déduit que Sarkozy avait décomplexé les nombreux Anglais qui, tout comme lui avec la belle Carla, se sentent honteux en public auprès d’une compagne plus grande ; désormais, ils n’hésitaient plus à se rehausser de quelques centimètres au moyen de cette quasi-prothèse. En anglais, on appelle <em>« Cuban heels »</em> (« talons Cubains ») les talons pour hommes : il est vrai que cette dénomination est particulièrement bienvenue et que, avec les Ray-Ban et la  Rolex, elle complète très bien l’attirail du <em>latin lover</em> m’as-tu-vu, sentimental et vaguement alcazaresque qu’incarne notre président.<span id="more-257"></span></p>
<p style="text-align:justify;">De fait, la taille de Sarkozy alimente régulièrement les commentaires ironiques des journaux britanniques, le dernier épisode en date ayant été la visite du président dans une usine de l’Orne où, apparemment, les employés invités à monter sur l’estrade à ses côtés auraient été sélectionnés en fonction de leur petite taille afin de ne pas lui faire de l’ombre (c’est le cas de le dire). Evidemment, ce n’est pas la taille de Sarko en tant que telle qui intéresse les journaux, mais plutôt ses efforts pathétiques pour paraître plus grand. Comme le résume <a href="http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/aug/02/comment-is-free-david-mitchell" target="_blank">David Mitchell</a>, un éditorialiste satirique de l’<em>Observer</em>, Sarkozy <em>« doesn’t look silly because he’s short, he looks silly because he’s standing on a box ».</em> Cela donne en tout cas aux commentateurs une clé d’interprétation psychologique pour comprendre le chef de l’Etat français et leur permet de dresser le portrait d’un homme souffrant d’un grave sentiment d’infériorité, voir complexé, et qui malgré son auguste fonction tente désespérément d’avoir l’air beau, jeune, en bonne santé, etc., comme pour conjurer quelque blessure secrète ou faiblesse cachée – ce qui, paraît-il, confère au personnage une force comique assez irrésistible.</p>
<p style="text-align:justify;">On aurait tort cependant de prendre de haut ces considérations sur la personne privée de notre président et les juger indignes d’un esprit noble. Les observations les plus triviales sont souvent porteuses de vérité et peuvent mettre en lumière des évidences jusque-là occultées. Il se pourrait en l’espèce que, en dépit de sa taille, Sarkozy soit notre <em>grand homme</em> actuel, et que, jusque dans ses caractéristiques physiques et psychologiques contingentes, il soit la parfaite incarnation de la  France contemporaine, à la fois comme nation et comme peuple. Cela redonnerait presque du crédit à cette « théorie du grand homme » aujourd’hui désuète que Victor Cousin, en propagandiste laborieux des idées hégéliennes, développait dans les années 1820 : « Un grand homme n’est pas un individu, en tant que grand homme ; sa fortune est de représenter mieux qu’aucun autre homme de son temps les idées de ce temps, ses intérêts, ses besoins. […] Ce grand homme n’est pas autre chose que ce peuple qui s’est fait homme. » (<em>Cours de l’histoire de la philosophie</em>, 1828). On comprend mieux ainsi l’attention que les journaux britanniques et autres portent à Sarkozy : ce serait une manière détournée, presque métaphorique, d’interroger la <em>psyché</em> française et d’essayer de comprendre les passions qui l’agitent. Inversement – et symétriquement –, les affaires hexagonales auraient tout intérêt à être interprétées d’un point de vue psychanalytique.</p>
<p style="text-align:justify;">Par exemple, comment ne pas voir dans le débat sur l’identité nationale un « retour du refoulé » ? A travers les innombrables paroles de frustration, de rancœur et de haine qu’il laisse s&#8217;exprimer, il manifeste qu’il y a bien là toute une part de l’histoire française – la colonisation, Pétain, l’Algérie, etc. – qui ne passe pas. D’autre part, ce « défouloir au remugle vichyste » (pour reprendre la belle formule de Guy Verhofstadt) a une dimension sexuelle évidente : l’insistance avec laquelle les musulmans sont présentés comme les ennemis implacables des femmes, condamnées entre leurs mains à n’être que « putes ou soumises », à porter le voile ou à finir dans une tournante ou un gynécée, a un caractère clairement fantasmatique – ce qui, encore une fois, nous renvoie aux talonnettes. Apparemment, l’immigré symbolise un <em>phallus</em> menaçant pour l’identité sexuelle française. Est-ce l’angoisse de la castration ? Deux choses en tout cas auront donné du rythme au quinquennat : les tribulations de la vie sentimentale du président et les provocations racistes de ses sbires, comme si les deux étaient liées.</p>
<p style="text-align:justify;">Revenons aux choses sérieuses. La coïncidence parfaite de l’individu Sarkozy avec la France n’est jamais aussi flagrante que sur le plan diplomatique, surtout quand on le compare à son illustre prédécesseur, j’ai nommé Charles de Gaulle. Du haut de son 1,92 mètre, exceptionnel pour l’époque, celui-ci incarnait parfaitement la politique de « grandeur » qu’il entendait faire suivre au pays. Qu’était-ce donc que cette « grandeur » ? C’était l’idée que, après 1945, même si seuls les Etats-Unis et l’URSS pouvaient désormais prétendre à la « puissance », la  France pouvait encore conserver une part d’influence dans le monde, grâce justement à sa « grandeur », c’est-à-dire une diplomatie indépendante fondée sur des valeurs propres. On comprend du coup combien la taille de Sarkozy est emblématique d’un rétrécissement dramatique de l’influence du pays. Son atlantisme frénétique, <em>sui generis</em> en quelque sorte (les Etats-Unis comme figure du père), accompagne parfaitement une diplomatie de petit format, qui d’une gestion médiocre des derniers feux de la  Françafrique à une perte complète de crédit au Proche-Orient, en passant par les atermoiements vis-à-vis de la Chine et les rodomontades agressives à l’égard de l’Iran, a eu pour seul résultat de faire perdre à la diplomatie française tout ce qui faisait son originalité et sa force. Ne restent que des discours moralisateurs et vantards aux accents plus ou moins <em>neocons</em>.</p>
<p style="text-align:justify;">On ne peut donc pas en vouloir aux Anglais s’ils raillent la taille de notre président-bouffon : ils ont compris, même inconsciemment, qu’elle condense en une image saisissante la tragédie que vit la nation – du reste, le Royaume-Uni connaît le même destin : une perte irréversible d’autorité et de prestige. Dans son célèbre discours de Dakar (qui restera sans conteste comme l’un des discours les plus lamentables jamais prononcés par un président français), Sarkozy disait que « le défi de l&#8217;Afrique, c’[était] d’entrer davantage dans l’histoire ». Gageons que celui de la France va être plutôt d’en sortir à moindre frais – sur la pointe des pieds, en quelque sorte, du haut de ses talonnettes.</p>
<br />Filed under: <a href='http://bloginlondon.wordpress.com/category/the-entente-cordiale/'>The Entente Cordiale</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bloginlondon.wordpress.com/257/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bloginlondon.wordpress.com/257/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=257&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Who is Quilgars?</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Feb 2010 14:54:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[The Entente Cordiale]]></category>
		<category><![CDATA[Francophobia]]></category>
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		<category><![CDATA[Nicolas Sarkozy]]></category>
		<category><![CDATA[Polly Toynbee]]></category>

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		<description><![CDATA[For some months now, a certain Quilgars has been spitting out his venom on the Internet and has regularly published satiric articles about British current affairs on his blog, in French and English alike. With a rare dishonesty, this disgusting &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/02/15/who-is-quilgars/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=239&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">For some months now, a certain Quilgars has been spitting out his venom on the Internet and has regularly published satiric articles about British current affairs on his blog, in French and English alike. With a rare dishonesty, this disgusting Frog got into the habit of making completely irrelevant remarks about our country’s politics, economics, culture and life style, and through columns, letters and anecdotes has been expressing his point of view on Britain – a country he does not apparently know and can never know, given the natural limitations of the French brain. He has pushed ignominy to the point of vandalising one of our greatest poems by calling his blog “Oh, to blog in London!,” thus showing his complete disdain for English Romantic poetry. Obviously, the IQ of this wannabe Robert Browning does not even equal half that of one of Sir Peter Viggers’ ducks.</p>
<p style="text-align:justify;">But who is this pretentious scribbler?<span id="more-239"></span></p>
<p style="text-align:justify;">According to our sources, Quilgars is the grotesque pen name of a French pseudo-highbrow who moved to London in February 2009. He has come out of nowhere, he lives by his wits and does not work in the City. We can incidentally see the disastrous effects of both the economic crisis and Brown’s inept fiscal policy upon the quality of today’s European immigrants. Before the credit crunch, France used to send us bankers, financiers, accountants, football players and coaches; in any case people with good manners and high moral standing.<em> </em>This Gallic elite however is going back home and now France exports its intellectual proletariat, as if the UK had not enough work dealing with the BBC, <em>The Guardian</em> and its own hordes of lefties thirsting for equality and tax increases, led by Polly Toynbee. Maybe we should expel George Monbiot to France in retaliation.</p>
<p style="text-align:justify;">Of course, it is useless to expect this distasteful creature to act with common decency. Apparently, it has never crossed his limited mind that, as a guest in a foreign country, he should show courteous restraint and respectful reserve towards his hosts – especially when it is thanks to the sacrifice of thousands of Britons on Normandy’s beaches sixty-six years ago that he can use this freedom of speech that he utterly abuses today. But why should we be surprised? France is an ungrateful nation and French people are furtive by nature. Except for making Camembert cheese and handing over defenceless Jews to the Germans, there is nothing else that they can do successfully. They are not even able to elect somebody as a President who can represent them with dignity, preferring instead to give the keys of the Elysée  Palace to a preposterous little squirt wearing Cuban heels, who moreover had the strange idea of turning a guitar-strumming strumpet into his First Lady.</p>
<p style="text-align:justify;">At the National Army Museum in Chelsea, today we can still see on display the skeleton of Marengo, the beloved horse of Napoleon – the horse he rode at the battle of Waterloo. Naturally, bogged down in a catastrophic situation, France is nowadays unable to produce both a military and a political genius such as Bonaparte. But she would be equally unable to produce such a reliable, steady and courageous mount as Marengo! Honestly, I would infinitely prefer to share my dinner or play a game of bridge with Marengo than with this horrible Quilgars. <em>O tempora, o mores!</em> When was the last time that a French racehorse won the Derby? We live in truly desperate times if an English gentleman cannot meet a well-trained, distinguished French horse any more. I guess now I can only complain and say like Richard the Third: “A French horse, a French horse! My kingdom for a French horse!”</p>
<br />Filed under: <a href='http://bloginlondon.wordpress.com/category/the-entente-cordiale/'>The Entente Cordiale</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bloginlondon.wordpress.com/239/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bloginlondon.wordpress.com/239/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=239&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Les Anglais découvrent les charmes du lepénisme</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Jan 2010 13:11:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Quilgars</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politics]]></category>
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		<description><![CDATA[Nick Griffin, le leader du British National Party (BNP), le parti d’extrême droite anglais, a parfaitement réussi son baptême du feu à la BBC, lors de sa première participation – le 21 octobre dernier – à l’émission politique Question Time, &#8230; <a href="http://bloginlondon.wordpress.com/2010/01/29/les-anglais-decouvrent-les-charmes-du-lepenisme/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bloginlondon.wordpress.com&amp;blog=8092378&amp;post=230&amp;subd=bloginlondon&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Nick Griffin, le leader du British National Party (BNP), le parti d’extrême droite anglais, a parfaitement réussi son baptême du feu à la BBC, lors de sa première participation – le 21 octobre dernier – à l’émission politique <em>Question</em> <em>Time</em>, dans laquelle des hommes politiques de tout bord sont soumis aux questions du public. Sous les quolibets de la salle et en dépit des protestations de vertu outragée des autres invités, il a pu tenir droit dans ses bottes son discours raciste et xénophobe habituel, et se répandre sur les méfaits de l’immigration.<span id="more-230"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Pour l’heureux téléspectateur français assistant à cet événement historique, l’émission évoquait irrésistiblement la première participation de Le Pen à <em>L’Heure de vérité</em>, il y a de cela vingt-six ans, coup d’envoi de l’anoblissement médiatique du FN et son entrée triomphale dans le jeu politique. Différentes questions se posent aussitôt. <strong>Pourquoi les Anglais ont-ils pris vingt-cinq ans de retard en matière de banalisation de l’extrême droite ? </strong>Pourquoi le discours sur l’immigration n’a-t-il pas encore pris à Londres le tour à la fois abject et grotesque qu’il a à Paris ? Pourquoi le climat politique en Angleterre évolue-t-il cependant aujourd’hui vers une stigmatisation croissante des immigrés ?</p>
<p style="text-align:justify;">Bien sûr, nous ne sommes pas naïf au point de croire les Anglais moins racistes que les Français, ou ayant une particulière inclinaison vis-à-vis des étrangers : il y a là comme ici un petit noyau de racistes fanatiques, une minorité d’antiracistes convaincus, et entre les deux un vaste marais d’honnêtes citoyens aux convictions molles, qui tentent tant bien que mal d’étouffer leurs réflexes xénophobes hérités de l’histoire par un usage prudent de la raison. La différence entre la France et l’Angleterre tient à la façon dont, depuis trente ans, le discours politique et médiatique s’est organisé outre-Manche, et par conséquent à la façon dont l’imaginaire politique s’est restructuré dans les représentations collectives. Deux faits notables doivent être soulignés : d’une part, <strong>le discours eurosceptique a tenu jusqu’à présent au Royaume-Uni le même rôle structurant que le discours anti-immigration en France</strong>. Autrement dit, les Anglais ont une autre tête de Turc que l’immigré, un autre punching-ball : le fonctionnaire européen.</p>
<p style="text-align:justify;">Il est vrai qu’on a peine à imaginer la violence de l’euroscepticisme et de l’europhobie en Grande-Bretagne. C’est un sentiment multiforme et total, qui transcende les clivages politiques, sociaux, régionaux, etc. L’Union européenne est perçue comme une menace globale pour l’identité du pays, sa démocratie, son économie, son Etat-providence (ce qu’il en reste), sa culture, etc., et même les aspects les plus triviaux du mode de vie – la conduite à gauche ou le système métrique par exemple. L’euroscepticisme est devenu un état d’esprit général, un prisme à travers lequel envisager le monde – voire presque une sorte de vertu nationale, une qualité qui serait propre aux Anglais au même titre par exemple que le flegme. Ainsi, aujourd’hui, c’est au moins le quart de l’électorat britannique – si ce n’est le tiers – qui souhaite que le pays quitte l’UE : aux élections européennes de juin 2009, l’UKIP (United Kingdom Independance Party) est arrivé second du scrutin (16,1 % des voix) avec pour seul et unique programme le retrait pur et simple du Royaume-Uni de l’UE – noble objectif partagé aussi par le BNP (6,1 % des voix) et une partie des Tories dissidents de la ligne officielle du parti. (On remarque ainsi les résultats croisés entre la France et l’Angleterre des droites souverainistes et extrêmes : si l’UKIP peut faire les mêmes scores électoraux que le FN dans ses meilleurs moments, l’extrême droite anglaise en revanche doit se contenter des scores généralement beaucoup plus modestes de nos souverainistes.) Bien sûr, cet euroscepticisme est une construction politique et médiatique qui sert avant tout les intérêts de la classe dominante, et tous les Britanniques ne sont pas dupes ; il y a même en Angleterre un parti ouvertement pro-européen – les libéraux-démocrates, la troisième force politique du pays. Cependant, cette hostilité latente à l’UE imprègne le climat politique au point que la figure saillante sur laquelle vont spontanément se cristalliser les fantasmes, les angoisses et le ressentiment de l’opinion sera celle de l’eurocrate bruxellois.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien sûr, la situation est différente en France : chez nous, le bouc émissaire est l’immigré. Comment en est-on arrivé là ? Dieu merci, personne ne croit plus aujourd’hui à cette aimable fable selon laquelle le FN aurait distillé en France un « poison raciste » dans les années 1980 et aurait, par ses incessantes provocations, contraint les autres partis politiques à se positionner par rapport à ses thématiques xénophobes, les poussant à d’inévitables concessions pour limiter son influence. La réalité est tout autre : dès la fermeture des frontières en 1974, les responsables politiques, de droite comme de gauche, et au plus haut niveau de l’Etat (<a href="http://ecorev.org/spip.php?article75" target="_blank">Chirac, Barre, Mitterrand, VGE, etc.</a>) ont pris la détestable habitude d’attribuer régulièrement les problèmes économiques et sociaux du pays à la présence des immigrés en France. La rhétorique anti-immigrés n’a pas été une innovation de Le Pen, même si seul le FN en fait son fonds de commerce exclusif, en l’insérant d’ailleurs dans un discours contestataire anti-establishment, anti-élitaire, qui, sans aucun doute, a assuré le succès du parti au moins autant que ses thématiques proprement xénophobes. D’autre part, le FN a été un épouvantail commode qui a permis aux partis de gouvernement de présenter comme modérées leurs propres discours sur l’immigration, alors que, dans le même temps, on convoitait son électorat, utilisé tantôt comme élément pour diviser l’adversaire (stratégie du PS), tantôt comme réserve de voix de second tour (à droite). Bref, une dialectique subtile entre le FN et les autres partis s’est établie – un binôme fonctionnel –, où ont été dramatisées les différences entre le discours « républicain » d’un côté et « fasciste » de l’autre, pendant que se diffusait lentement dans la société un socle commun de représentations stéréotypées faisant de l’immigré une figure menaçante pour la nation, et que s’imposait l’idée que l’immigration était uniquement un « problème » devant être réglé « énergiquement » – de plus en plus « énergiquement », d’ailleurs, au fil du temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Avec le recul, l’on cerne aujourd’hui la logique qui a poussé l’establishment français à adopter cette posture implacable sur l’immigration, et qui apparaît d’autant mieux quand on la compare avec la situation britannique. Elle relève presque d’un problème de communication : tout se passe comme si tous ces discours sur l’immigration n’avaient eu que pour seule fonction d’occulter la conversion du pays (honteuse mais indiscutable) au modèle néolibéral. Or, contrairement à la France,<strong> la conversion au néolibéralisme s’est fait au Royaume-Uni sur un mode volontariste et explicite, ce qui a évité le recours systématique à des politiques de compensation. </strong>Autrement dit : tout occupés à se placer à l’avant-garde de la mondialisation libérale et à s’en vanter, les Anglais n’ont pas eu besoin de recourir à la politique d’immigration pour se prouver à eux-mêmes qu’ils avaient encore la maîtrise de leur destin.</p>
<p style="text-align:justify;">Il suffit de se rappeler Thatcher et sa manière de présenter la conversion au modèle néolibéral comme le seul moyen possible pour l’Angleterre de retrouver le chemin de la prospérité (<em>« There is no alternative »</em>, tel fut son mantra dès son arrivée au pouvoir en avril 1979). Son programme politique était on ne peut plus clair (monétarisme, libéralisation de l’économie, primat du marché sur l’Etat, etc.), et fondé sur des fondements anthropologiques tout aussi clairs (<em>« <a href="http://" target="_blank">There are no such thing as society</a> »</em>, pouvait-elle dire encore en 1987). C’est ce programme qui a été mis en application avec constance et détermination – non seulement par les Tories mais également ensuite par le Labour, rebaptisé pour la circonstance New Labour en 1996. Les travaillistes n’ont jamais fait mystère de leur adhésion au modèle économique néolibéral (<em>« We are all Thatcherites now »</em>, écrivait même Peter Mandelson en 2002), adhésion qui est à la base de leur conception de la redistribution : il faut jouer à fond le jeu de la mondialisation pour produire une richesse qui, quand elle se diffuse dans le pays, profite à chacun, et corriger à la marge les inégalités les plus flagrantes.</p>
<p style="text-align:justify;">Cela n’a donc rien à voir avec la manière dont, de 1983 à 2007, les gouvernements français successifs (sauf le cabinet Chirac 1986-1988) ont tenté de justifier la conversion honteuse et parfois confuse du pays au modèle néolibéral, et à occulter le rôle central que jouait la construction européenne dans cette conversion. La libéralisation et la financiarisation de l’économie ont été présentées peu ou prou comme des adaptations contraintes et forcées aux exigences de la mondialisation, tandis que par ailleurs l’on promettait de faire tout son possible pour défendre le modèle français et réduire la « fracture sociale ». Les socialistes français en particulier n’ont pas fait leur aggiornamento blairiste et n’ont donc jamais su expliquer ce qu’était réellement au fond leur politique quand ils étaient au pouvoir – mais il faut reconnaître à leur décharge que leur évolution aura été plus confuse que leurs homologues britanniques (les 35-heures de Jospin étaient quand même une authentique mesure progressiste, complètement à contre-courant du stakhanovisme ambiant). Il reste que les dirigeants français se sont toujours présentés comme les « malgré-nous » de la mondialisation, et que s’est répandu dans le pays un sentiment d’impuissance et de frustration face aux évolutions inquiétantes du pays.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors, au fur et à mesure que l’Etat a organisé la dépossession de ses moyens d’action économique au profit d’instances privées transnationales (« marchés », entreprises multinationales) et d’institutions bureaucratiques supranationales (BCE), et qu’il n’a plus été à même d’enrayer le développement des inégalités et de la précarité à l’intérieur de son territoire, il lui a fallu d’une part élaborer un discours susceptible d’expliquer la dégradation de la situation sociale, et d’autre part trouver un domaine dans lequel manifester son volontarisme et retrouver une certaine crédibilité. Le discours anti-immigration (comme du reste le discours sécuritaire) a été un expédient parfait : il a fait diversion (pendant qu’on parle d’immigration, on ne parle pas d’économie), il a pu fournir une explication au malaise ambiant (l’immigration comme origine de nos malheurs), et il a pu être prétexte à une intense activité législative, prouvant par là même que le gouvernement et les députés servaient encore à quelque chose.</p>
<p style="text-align:justify;">On peut faire ainsi le constat suivant : le développement du discours xénophobe et raciste en France a été le prix à payer pour sa conservation honteuse (et d’ailleurs inachevée) au modèle néolibéral. A l’inverse, le néolibéralisme décomplexé de l’Angleterre a permis à ses leaders de ne pas jouer la carte de la xénophobie et du racisme. Bien sûr, la crise économique actuelle remet complètement en cause ces fragiles équilibres. On devine en particulier de tout ce qui précède que <strong>cette crise – qui discrédite le modèle économique anglo-saxon et fait apparaître contreproductif le discours eurosceptique – pourrait être le prélude à une normalisation progressive du Royaume-Uni en matière de « xénophobie d’Etat »</strong>, et que le pays pourrait connaître bientôt, à l’instar non seulement de la France mais aussi de l’Autriche, de l’Italie, des Pays-Bas, du Danemark (de toute l’Europe continentale en fait – sauf l’Allemagne, peut-être, pour les raisons que l’on sait) un processus accéléré de dépérissement démocratique.</p>
<p style="text-align:justify;">Que le modèle anglo-saxon (<em>i.e.</em> la croissance par les inégalités, le surendettement et la spéculation) soit à terre, qu’il soit blessé à mort et qu’il ne s’en relèvera pas, c’est une évidence (pour ceux qui ont encore le moindre doute : <a href="http://www.pauljorion.com/blog" target="_blank">http://www.pauljorion.com/blog</a>) ; que, dans ces conditions, le Royaume-Uni n’ait plus les ressources financières et idéologiques de son euroscepticisme hautain, de son « splendide isolement », c’est tout aussi évident. Il faut voir d’ailleurs la manière dont David Cameron, le leader Tory, a enterré le référendum sur le traité de Lisbonne qu’il avait promis solennellement pour comprendre que <em>jamais</em> les Anglais ne quitteront l’UE, et que l’europhobie entretenue au sein de l’opinion publique par la classe dirigeante est vite mise sous le boisseau quand les intérêts changeants et contradictoires de celle-ci exigent qu’elle le soit.</p>
<p style="text-align:justify;">De plus, Cameron s’est fait rappeler à l’ordre par les Américains : ceux-ci lui ont fait comprendre en octobre dernier qu’ils n’appréciaient pas sa décision de quitter le groupe conservateur du Parlement européen pour fonder un nouveau groupe avec des Polonais antisémites – et pas simplement à cause des plaintes de lobbies juifs new-yorkais : ils lui ont fait comprendre aussi que la <em>special relationship</em> n’avait d’intérêt pour eux (les Américains) que dans la mesure où leur allié préféré était un acteur influent de l’UE, et non pas un figurant qui se met volontairement à l’écart et snobe ses partenaires. Bref, on peut raisonnablement penser que, si David Cameron arrive à Downing Street cette année, il consacrera une bonne part de son mandat à mettre de l’eau dans son vin europhobe, et qu’il se résignera à faire ce qu’ont fait tous ses prédécesseurs : défendre avec acharnement à Bruxelles les intérêts britanniques (et ceux de la City en particulier) – en attendant de reparler un jour de l’adhésion du pays à l’euro, aussi inéluctable que le fut en son temps l’adhésion à la  CEE.</p>
<p style="text-align:justify;">Il est donc impératif d’atténuer l’euroscepticisme ambiant en Angleterre et de trouver à l’opinion publique un défouloir de substitution. Les élites britanniques vont en effet être confrontés dans les prochaines années à un défi redoutable : comment maintenir la structure fortement hiérarchique et inégalitaire de leur société dans une période d’appauvrissement, et empêcher tout restauration sous une forme ou une autre des mécanismes de redistribution et de solidarité collective que trente années de thatchéro-blairisme ont voulu détruire ? Comment faire oublier aux électeurs que la gestion de la crise par le gouvernement a consisté à transférer la dette des banques sur le compte de l’Etat, et donc du contribuable et des générations à venir, sans ébaucher pour l’avenir le moindre projet alternatif (hormis de vagues propositions sur les énergies vertes) ? Il serait quand même dommage pour l’union sacrée Buckingham-Westminster-la City de renoncer si vite au privilège exorbitant d’être le pays le plus inégalitaire d’Europe !</p>
<p style="text-align:justify;">Pourquoi alors ne pas appliquer en Angleterre un modèle qui marche si bien en France ? Le discours anti-immigrés est déjà là, il est prêt, il est rôdé depuis longtemps – et pas simplement dans les cercles restreints du BNP, mais aussi à l’UKIP, chez les Tories, au sein du Labour. Il n’y a plus qu’à le mettre davantage en valeur, à lui donner une crédibilité électorale, et surtout à le placer sous le signe de l’urgence, de la menace imminente. On s’interroge ainsi gravement sur les ravages de l’immigration de masse sur la<em> social fabric of Britain </em>ou la <em>Britishness</em> et, comme on pouvait s’y attendre, l’islam est l’objet de toutes les attentions, puisque supposé incompatible avec la modernité, le mode de vie et les valeurs britanniques, etc. Tout aussi récurrent est la dénonciation du poids exorbitant que représenteraient les immigrés pour les finances publiques, le <em>welfare system</em> et les dispositifs de solidarité collective, etc., sans parler de la concurrence qu’ils exerceraient sur le marché du travail : déjà, lors de son discours d’investiture à Westminster en 2007, Gordon Brown promettait des <em>« British workers for British jobs »</em>, reprenant et détournant ainsi une célèbre formule du BNP. C’est d’ailleurs le même Gordon Brown qui, depuis qu’il est au pouvoir, durcit régulièrement les lois sur l’immigration, au fur et à mesure que la situation économique se dégrade et que les Tories font de l’immigration l’un des thèmes centraux de la campagne électorale à venir.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est dans ce contexte qu’il convient d’interpréter l’invitation de Nick Griffin à la BBC – le saint Graal de l’intelligentsia <em>british</em>. En consacrant cet histrion comme politicien de plateaux TV, en lui donnant de ce fait une certaine crédibilité intellectuelle, en donnant une légitimité médiatique à son discours grotesque, il sera d’autant plus aisé par la suite, pour les gouvernements en charge des affaires du pays, de présenter comme « modéré », « raisonnable » ou « humaniste » leur propre politique d’immigration, quand celle-ci sera devenue le seul domaine où ils pourront encore manifester leur volontarisme et exercer leur pouvoir – une fois donc qu’auront été épuisés tous les expédients pour <em>ne pas</em> régler la crise économique, pour <em>ne pas</em> liquider l’héritage thatchérien, pour <em>ne pas</em>, d’une manière ou d’une autre, redistribuer la richesse produite dans le pays.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis donc ce fameux 21 octobre 2009, un vent mauvais souffle sur l’Angleterre. C’est désormais tous les jours que l’immigration, les immigrés, l’islam, etc., font l’actualité, et que les hommes politiques en rajoutent complaisamment. Les exemples abondent. Alan Johnson, un vieux briscard du Parti travailliste et actuel ministre de l’Intérieur, a fait son coming-out en novembre et reconnu lors d’un discours que le <em>« Labour has made mistakes on immigration »</em> (comme le résume si bien le <em>Guardian</em>). Les Tories quant à eux sont sur un nuage : leur dernière trouvaille, la semaine dernière, est d’instaurer des quotas d’immigration, comme en Australie (c’est du moins l’idée qu’a lancée Michael Howard). Mais patience : les prochaines élections ne sont que dans quelques mois, tout le monde aura encore le temps d’ici là d’affiner ses propositions pour faire du Royaume-Uni une forteresse inexpugnable.</p>
<p style="text-align:justify;">Les Anglais devraient quand même y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans cette grande aventure. Comme le montre le pathétique exemple français, placer l’immigration au centre du débat national n’a pas simplement pour effet de rendre la vie impossible pour les immigrés, mais outre le coût exorbitant et la totale inefficacité des politiques finalement mises en œuvre (pour ceux qui ont encore le moindre doute à ce sujet : <a href="http://www.cettefrancela.net" target="_blank">http://www.cettefrancela.net</a>), elle est également un ferment redoutable de discorde civile. Mais peut-être après tout est-ce le but recherché ? En tout cas, l’opposition entre partisans et adversaires de la politique sarkozyste s’est à ce point radicalisée qu’il n’y a plus qu’à attendre que l’actualité fournisse l’occasion d’une affaire Dreyfus pour officialiser le divorce entre ces deux France – étant bien entendu que, cette fois-ci, l’innocent persécuté ne sera pas juif mais musulman ou Arabe, et persécuté précisément parce que musulman ou Arabe. Car il faut bien reconnaître que le seul résultat tangible de la politique d’immigration de Sarkozy – résultat qui sera sans nul doute la plus grande réussite de son quinquennat (avec le bouclier fiscal, <em>of course</em>) –, c’est d’avoir libéré la parole raciste en France.</p>
<p style="text-align:justify;">Le discours sakozyste prétend parler le langage du cœur (« La France, tu l’aimes ou tu la quittes », slogan des jeunesses frontistes en 1995 repris par Sarkozy en 2007), et plus encore le langage de la raison – il n’aime rien tant qu’à se parer de tous les attributs de la rationalité : rationalité économique (organisation optimale du marché du travail, nécessité d’équilibrer les comptes sociaux), rationalité politique (défense des valeurs républicaines et de l’« identité nationale »), rationalité sociale (préservation de l’homogénéité des modes de vie, de la culture, de la langue française). Cependant – et c’est là le point essentiel –, toute son efficacité tient à ce qu’il cherche à réactiver les réflexes xénophobes séculaires de la population et à flatter les sentiments franchement racistes d’une partie d’entre elle,<strong> en entretenant sciemment la confusion entre les immigrés proprement dit et les Français issus de l’immigration récente</strong>, c’est-à-dire ces immigrés d’hier qui ne sont devenus français que par un tour de passe-passe administratif.</p>
<p style="text-align:justify;">La dénonciation rituelle des « échecs » de l’intégration (c’est-à-dire du traitement de l’immigration récente, <em>i.e.</em> depuis les années 1960), la conjonction symbolique des mots « immigration », « intégration » et « identité nationale » et tous les jeux d’équivalence et d’exclusion qu’elle autorise, l’insistance sur les questions de société censées prouver l’incompatibilité irrémédiable de l’islam avec la culture française, tout cela a pour effet non seulement de stigmatiser les immigrés, mais aussi de jeter le soupçon sur ces Français d’origine extra-européenne dont l’appartenance et la loyauté à la nation est finalement jugée problématique. Ainsi, un climat de suspicion générale s’est installé, dans lequel l’immigré incarne le nouvel ennemi intérieur – cet « immigré » étant bien entendu une figure fantasmatique qui renvoie tout aussi bien à l’immigré légal ou illégal venu des quatre coins de la Terre qu’au Français de naissance ayant eu la mauvaise idée de conserver le faciès et les caractéristiques physiques de ses aïeuls magrébins, africains ou asiatiques. <em>In fine</em>, il y a même désormais en France deux types de Français : les Français choisis, c’est-à-dire les Français dits « de souche » (de type européen) et les Français subis, c’est-à-dire tous les autres, ceux d’origine nord-africaine, africaine et asiatique.</p>
<p style="text-align:justify;">Où tout cela va-t-il nous mener ? On ne sait trop. Le pire n’est pas certain, même si, des enfumades de Bugeaud à la rafle du Vel’d’Hiv’ (entre autres), la France a déjà un beau palmarès en la matière. Notons pour se rassurer qu’il y a encore une minorité de Français viscéralement anti-racistes et, bien qu’ils ne soient qu’une minorité, ils sont suffisamment organisés et influents pour se faire entendre. Qu’en sera-t-il également de la société britannique ? Résistera-t-elle à la pression de ses leaders qui tentent de lui faire boire la potion infâme qu’ils lui ont préparée ? Ici non plus le pire n’est pas certain. II y a tout comme en France un fort mouvement anti-raciste et des groupes capables de s’organiser politiquement, sans même parler des effets puissants du <em>politically correct</em>. D’autre part, le discours anti-immigration pourrait rencontrer des résistances propres à la culture libérale de l’Angleterre : après tout, au pays de l’habeas corpus, qui a une conception entièrement différente du maintien de l’ordre et de la gestion de l’espace public, où la carte d’identité n’est pas obligatoire, cela risque d’être un peu plus compliqué qu’en France d’organiser des traquenards pour arrêter des grand-mères chinoises à la sortie des écoles. De plus, le pays a développé un modèle d’intégration multiculturel, qui présente certains avantages : en particulier, la critique des différences culturelles et l’injonction à se conformer au mode de vie dit national se font moins pressantes ; d’autre part, dans un tel modèle, on n’a pas l’idée saugrenue de demander aux candidats à la naturalisation de renier leur patrie d’origine pour être un parfait petit citoyen.</p>
<p style="text-align:justify;">On appelle « pays émergents » les pays qui sortent peu à peu du sous-développement pour atteindre les standards occidentaux en matière d’économie et de niveau de vie. Pourquoi ne pas parler aussi de « pays immergents » pour désigner ces vieilles nations qui, à l’instar de la France ou du Royaume-Uni, s’avèrent incapable d’enrayer leur déclin économique et culturel et qui, de ce fait, ont recours à des expédients politiques lamentables pour tenter (en vain) de maintenir leur cohésion sociale ? Le marasme actuel a cependant au moins un avantage pour nos dirigeants : il s’accompagne quasi mécaniquement d’une baisse des entrées d’étrangers, les pays en crise étant beaucoup moins attractifs pour les candidats potentiels à l’immigration. C’est un peu l’ironie du temps : la nullité des gouvernants en place, leur attachement pathologique au modèle néolibéral, leur réticence à affronter les puissances financières – à la fois par pusillanimité, incurie et vénalité –, va leur permettre d’afficher des résultats positifs dans au moins un domaine, conformément à leurs promesses de campagne : l’immigration ! On peut toutefois se faire la réflexion suivante : si un jour plus un seul immigré ne pose le pied en France ou au Angleterre, si un jour nos villes et nos campagnes sont enfin libérées de cette détestable présence exotique, eh bien, ce jour-là, c’est simplement que ce seront les chers enfants de Lille, de Nantes, de Sheffield ou de Birmingham qui prendront leur baluchon, feront leurs adieux et partiront vivre, travailler, aimer et mourir ailleurs.</p>
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